Afghanistan, l'autre pays de la drogue
17 septembre 2001

1° Développement du commerce de l'opium un résultat de la guerre contre les soviétiques

Avant 1979, le gouvernement afghan réprimait les paysans qui cultivaient le pavot. Pourtant, une production essentiellement locale existait qui couvrait les besoins locaux en opium mais aussi permettait de fabriquer de l'huile, du savon, de la teinture végétale et des aliments pour le bétail. Au total seulement 200 à 400 tonnes étaient exportées vers l'Iran et la Turquie pour être transformées en opium ou en héroïne.

Avec l'invasion des soviétiques la culture du pavot s'est généralisée, le chef de guerre et mollah Nassim Akhunzada déclarait, en 1981, que " le pavot doit être cultivé afin de financer la guerre sainte contre les troupes soviétiques et leurs laquais de Kaboul. ". Cette explication ne résiste pas à un examen objectif de la situation militaire puisque les résistants ont reçu, durant le conflit avec l'URSS, tous les ans des matériels pour une valeur de 250 millions de dollars alors que la valeur de l'opium exporté, au milieu des années " 80 ", ne représentait que 20 millions de dollars annuels.

La résistance afghane a donc travaillé de concert avec les services de renseignements pakistanais (ISI) qui bénéficiaient du monopole de livraison des armes accordé par la CIA. Ce faisant l'opium était directement transformé en héroïne au Pakistan. Les profits retirés par Islamabad ont été employés dans la déstabilisation de l'Inde par les rebelles Sikhs et la guérilla du Cachemire.

Les chefs de guerre ont très vite compris tout l'intérêt qu'ils pouvaient espérer de cette production en appliquant une taxe de 10%, " l'impôt islamique ", et en devenant eux-mêmes producteurs d'opium ou d'héroïne.

2° L'Afghanistan depuis 1989 : seigneurs de la guerre et drame humanitaire

La production a réellement explosé avec le retrait, en 1989, des soviétique et l'arrivée au pouvoir, en 1992, d'une gouvernement islamiste. Cela s'explique par des raisons économiques, en effet le pays ravagé par plus de 10 années de guerre ne disposait guère d'infrastructures modernes et les paysans ne pouvaient pas compter sur une épargne préexistante qui leur aurait permis d'investir. Le pavot, culture peu exigeante mais à forte valeur ajoutée, s'imposa alors naturellement.

Les réfugiés qui retrouvaient leur pays comptaient très vite retrouver leur ancienne vie et selon certaines enquêtes 30% d'entre eux financeraient ce " retour au pays " par la production d'opium. Bien entendu, l'Occident porte aussi une part de responsabilité puisque après la guerre il se désintéressa complètement de l'Afghanistan alors que des aides massives auraient permis de faire reculer la production d'opium comme le montre l'exemple de la province de Kunar.

Par ailleurs, le désengagement de l'Occident était aussi synonyme de l'arrêt complet des livraisons d'armes et les chefs de guerre ont souhaité e prémunir contre cette éventualité en développant le commerce de l'opium et de l'héroïne. Ainsi les " commandants militaires " ont encouragé les paysans à étendre les surfaces cultivées. Cet effort à fait de l'Afghanistan le premier producteur mondial de pavot avec 3.300 tonnes annuelles, permettant de réaliser 330 tonnes d'héroïne) et 80.000 hectares cultivés.

Dans un premier temps les talibans ont affirmé vouloir éradiquer les cultures " impies " mais nécessité fait loi et les profits escomptés étant si importants, ces derniers aussi ont encouragé et développé les productions.