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Extraits
" L'écart de la gauche par rapport au libéralisme tient d'abord à la place que la liberté occupe dans les convictions des socialistes et de leurs alliés politiques : il n'est pas pour eux possible de dissocier ne serait-ce que conceptuellement d'une crainte, celle du risque d'oppression. La liberté ne se présente pas seule et pure aux yeux du peuple de gauche : c'est un alliage où elle est agglomérée à la représentation de ses déviances, de ses abus, de son mauvais usage. D'où une figure de style fondamentale pour comprendre et l'idéologie et l'action au pouvoir de la gauche : stigmatiser les risques de la tyrannie des uns - les plus forts, les mieux intégrés à la société, les plus riches - et mettre en valeur la nécessité des protéger les autres - les exclus, les pauvres, les faibles. " page 17 " Contrairement à un usage de plus en plus réduit du mot en France, le libéralisme ne concerne pas exclusivement l'économie et ce que Constant appelait la " liberté industrielle " ; celle-ci n'apparaît que comme l'une des distributions sociales où se déploie - sans doute de manière éminente - la liberté humaine. Elle ne saurait définir le projet libéral de manière exclusive. " page 32 " Essentiellement politique, l'idée libérale remet pourtant en cause ce qui paraît être au fondement de la politique : le pouvoir. Constant est très clair sur ce point. Le libéralisme constitue d'abord une critique de l'autorité et de son rôle à partir de l'affirmation originelle de l'individu. Cette critique opère dans un double sens. Elle met à distance aussi bien l'autorité politique (l'ordre du " gouverner " selon Constant) que l'autorité sociale (" la masse "). Cette double révocation en doute de l'autorité caractérise un renversement fondateur. Elle se dresse contre une représentation classique du " bon pouvoir " assumé au sein d'une collectivité d'autant plus obéissante qu'elle est soudée par des convictions, des opinions, communes sur tous les plans de la vie sociale. La théorie libérale met brutalement fin à ce rêve d'harmonie - entre gouvernants et gouvernés, entre les membres de la société elle-même - qui a tourné au cauchemar communiste au XXème siècle. Pour un libéral, la présence d'individus en désaccord avec le pouvoir ou avec leurs concitoyens n'est nullement un ferment de désordre politique mais la manifestation d'une société libre. " Page 35 " La société libérale apparaît donc à la fois liée à l'autorité politique, et déliée d'elle par le droit, lieu commun indivisible de la citoyenneté et du pouvoir, où l'individu n'est plus seulement en face de l'Etat, mais reconnu comme tel par une instance qui s'exprime sous la forme d'une institution d'Etat, l'appareil juridique. Le lieu fondamental de cette complicité juridique de l'individu libéral et de l'Etat est la Constitution, la loi fondamentale, qui à la fois manifeste le droit comme acte fondateur de l'Etat et limite normalement l'action de ce dernier en lui imposant de respecter un univers juridique protecteur de l'individu, hors duquel il n'aurait plus ni sens, ni, surtout, légitimité. Tel est le droit considéré comme " fondamental " sous toutes ses espèces (Constitution écrite, libertés ancestrales, aussi bien que traités internationaux sur les droits de l'homme) qui s'exprime, dans le monde moderne, sous la forme des libertés garanties par les démocraties. Si le libéralisme et volonté constitutionnelle ont eu un destin commun au XVIIIème siècle, c'est justement en fonction de cette exigence " Page 42 |