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Comment
les juges européens
ont brisé le monopole de la Sécurité sociale
Extraits, Le Figaro, 15 mai 2000
Si les patients anglais
échappent un jour aux légendaires listes d'attente des hôpitaux
britanniques, ils pourront remercier les juges européens. C'est
grâce à leur pugnacité juridique qu'ils pourront peut-être
aller se faire soigner en France, en Belgique, ou partout ailleurs en
Europe, aux frais de la Couronne.
En 1996, la Cour de justice des Communautés européennes
a fait une première incursion dans l'un des derniers prés
carrés de subsidiarité qu'est le secteur de la santé.
Avec les fameux arrêts " Kohll et Decker " - rendus le
mois dernier -, elle a estimé que ces deux assurés sociaux
luxembourgeois pouvaient obtenir le remboursement, par leurs caisses nationales,
des frais engagés chez des spécialistes étrangers,
sans passer par le système d'autorisation préalable actuellement
en vigueur. Il y a désormais jurisprudence. Les juges européens
ont instauré pour la première fois le principe de la liberté
de circulation des biens et des prestations de services de santé
au sein de l'Union. Cette affaire est toujours en cours à Luxembourg.
L'avocat général dira cette semaine si la jurisprudence
peut être étendue aux soins hospitaliers.
Pris de vitesse il y à 4 ans, les Etats membres sont aujourd'hui
sur leurs gardes, car la libre circulation des patients remet en cause
leurs systèmes nationaux de financement respectifs. Philippe Jahan,
directeur du centre hospitalier de Tourcoing, n'hésite pas à
affirmer que la jurisprudence de la Cour est " une bombe à
retardement " et qu'elle soulève des problèmes que
" personne n'est en mesure de résoudre ".
Pourquoi la liberté de choix des patients est-elle donc si "dangereuse"
? D'abord parce qu'elle va à l'encontre de politiques qui cherchent
à limiter les dépenses de santé en organisant la
rareté des soins. La Grande- Bretagne, dont le système "
beveridgien " (financement par l'impôt et gratuité des
soins) a conquis le sud de l'Europe, en fournit le plus frappant exemple.
Championne de la limitation des dépenses, elle y est parvenue en
saturant ses capacités hospitalières et médicales
: un million de patients britanniques sont aujourd'hui inscrits sur des
listes d'attente.
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