L'aveu
!
6 juin 2001
C'est chose
faite, Lionel Jospin a reconnu, dans l'hémicycle de l'Assemblée
Nationale qu'il avait été trotskiste dans sa jeunesse.
Et alors ? Alors, rien ! Ce n'est pas une nouvelle tant la rumeur
courrait depuis 1995 et avait été évoquée,
une nouvelle fois, à la fin des années " 90
". Mais l'agitation ne doit pas cacher l'essentiel. En effet,
il n'est pas si important que cela de savoir si oui ou non le
premier ministre a été trotskiste, mais de savoir
pourquoi il l'a caché !
En effet, en 1995, dans les colonnes du Monde il niait tout lien
avec toute organisation trotskiste, voire toute sympathie. En 2001,
il reconnaît avoir été membre de l'OCI, organisation
trotskiste, et ne trouve rien à y dire. Rappelons, à
toutes fins utiles, que Léon Trotski n'est pas le martyr,
tombé à cause de la soif sanguinaire de Staline, que
l'on veut bien dépeindre. Non, il a été un
des principaux artisans de l'organisation de l'armée rouge
ainsi que de l'économie de guerre dans la jeune URSS. Sans
compter qu'il s'occupa personnellement du " cas " des
marins de Kronstadt. Son opposition à Staline peut aussi
se lire comme une lutte classique pour le pouvoir au sein d'un régime
totalitaire qu'il avait contribué à édifier
activement. Bref sa pensée politique est loin de représenter
un engagement positif en faveur des droits de l'homme.
Il est, à cet effet, étrange de voir Lionel Jospin
en appeler à la liberté d'opinion pour justifier son
" oubli " de 1995. Il a souligné que le délit
d'opinion n'ayant pas cours en France il peut reconnaître
son engagement passé. Mais alors, faut-il comprendre qu'en
1995 ce délit existait après 14 années de présidence
socialiste ? En 1997, Lionel Jospin a fait de la rigueur morale
son " sceau " de gouvernement. Dire ce que l'on fait,
faire ce que l'on dit ! Tel était l'adage d'une équipe
qui voulait être transparente et ne pas mentir aux français,
seulement le premier ministre avait déjà pris de l'avance
en cachant, voire en transformant, la vérité.
Cela me conduit à cette question, pourquoi le fait d'avoir
été sympathisant communiste, trotskiste ou maoïste
entre 1945 et 1989 doit-il vous valoir une totale indulgence ? Jean-François
Revel a déjà répondu à cette question,
mais je ne puis m'empêcher de rester admiratif devant cette
amnésie collective. Car avoir soutenu des régimes
responsables de l'extermination, au nom de la classe (ce qui est
identique à l'extermination au nom de la race), de millions
de personnes et qui faisaient de la famine ou du délit d'opinion
un instrument de répresseion politique devrait suffire à
vous discréditer. En France non ! Avoir été
de ceux-là vous confère un aura que la défense
des droits de l'homme et des libertés individuelles ne vous
donne pas. Bref, il vaut mieux avoir été avec ceux
qui ont emprisonné Walesa ou Havel que d'avoir demandé
leur libération puisque hier on vous reprochait d'être
un " chien capitaliste " et qu'aujourd'hui on vous reproche
votre clairvoyance !
Lionel Jospin passe au révélateur de l'Histoire. Non
pas que sa trajectoire personnelle soit si exceptionnelle que cela,
mais il rejoint son mentor, François Mitterrand, dans sa
représentativité de l'aveuglement national à
des moments différents de notre histoire. Sa réponse,
dans l'enceinte de cette assemblée nationale, qu'il doit
avoir tant détestée dans sa jeunesse, me fait penser
à celle de l'ancien président face aux questions de
Jean-Pierre Elkabach, évoquant ses engagements de jeunesse:
" Il suffit " !
La
messe est dite.
Pierre
Gauttieri
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