"Le
Commandant Massoud était un héros combattant le
fascisme des Talibans"
Alain Madelin sur Radio J
17 septembre 2001
FREDERIC
HAZIZA, RADIO J
Monsieur Alain MADELIN, bonjour et merci d'avoir accepté
cette invitation du FORUM RADIO J. Alors cinq jours après
les attentats qui ont endeuillé l'Amérique, les
Etats-Unis et le président George BUSH préparent
leur riposte. Le président BUSH a réuni ce week-end
à Camp David un véritable conseil de guerre. Les
réservistes ont été rappelés. Une
attaque terrestre n'est pas exclue alors que la peur de la surenchère
commence à gagner la France et les partis politiques. Alors,
Monsieur MADELIN, vous nous direz quelle analyse vous faites de
ce qui s'est passé et quels enseignements vous en tirez
que ce soit au niveau international et notamment au Proche-Orient
ou au niveau national, quel type de riposte faut-il envisager
contre le fléau terroriste, quels doivent être l'ampleur,
les objectifs et les cibles de cette riposte annoncée et,
à un niveau plus hexagonal, comment traduire la solidarité
de la France vis-à-vis des Etats-Unis et aussi comment
jugez-vous les réactions du couple exécutif ? Jacques
CHIRAC et Lionel JOSPIN sont-ils à la hauteur de la situation
? Et puis, quelles seront selon vous les conséquences de
cette crise sur la campagne présidentielle ? Et pour vous
interroger sont réunis autour de cette table Eric MANDONNET
de L'EXPRESS et Gérard LECLERC de FRANCE 2 qui va vous
poser la première question de l'émission.
GERARD
LECLERC, FRANCE 2
Bonjour, Alain MADELIN. On a effectivement un peu plus de recul
cinq jours après les attentats. Alors, on a parlé
de nouvelle ère, d'une nouvelle ère d'état
de guerre, de lutte du bien contre le mal. Quelle analyse faites-vous
de ce qui s'est passé aux Etats-Unis ? Sommes-nous vraiment
en guerre ? Contre qui ? Qui sont les responsables ?
ALAIN MADELIN
D'abord, ces images d'horreur qui ont frappé nos curs,
qui ont sans doute frappé pour longtemps la mémoire
de nos enfants doivent nous inviter à une totale compassion,
à une totale solidarité avec le peuple américain
dans cette épreuve. Mais si l'on prend un peu de recul,
je regarde tout cela avec beaucoup de colère, beaucoup
de colère parce que je me dis que d'erreurs, que de gâchis,
que de temps perdu et que d'aveuglement.
FREDERIC HAZIZA
De la part de qui et depuis quand ?
ALAIN MADELIN
Nous avions un fascisme, un nouveau fascisme qui était
en train de naître après la chute du mur de Berlin.
Ce fascisme, c'était un fascisme islamiste qui défigurait
d'ailleurs une des plus grandes religions du monde. Ce n'était
pas l'Islam, c'était un fascisme islamique de la même
façon que le nazisme ou le totalitarisme soviétique
étaient une déformation de nos valeurs, ce n'était
pas nos valeurs. Nous avions un fascisme qui était en train
de naître. Nous ne voulions pas le voir. Nous aurions du
réviser au lendemain de la chute du mur de Berlin complètement
nos concepts de sécurité. Ce terrorisme, nous en
avons fait une affaire de police, une affaire de justice au lieu
d'en faire une affaire de politique. Je dis une affaire politique
parce que ce terrorisme, il y avait des foyers, parce que ce terrorisme,
il avait des Etats qui l'accompagnaient, qui le nourrissaient,
qui l'hébergeaient, qui le finançaient. Et nous
n'avons rien fait. Pire même, on savait que le foyer, le
cur même de ce terrorisme, c'était l'Afghanistan,
l'Afghanistan où il y avait une résistance admirable
de mon ami le commandant MASSOUD. J'étais à ses
côtés dans la vallée du Panshir (phon) comme
j'étais autrefois aux côtés de la résistance
afghane face aux Soviétiques dans ce même Afghanistan.
Et je mesurais l'aveuglement total de nos démocraties incapables
de
, qui ne voulaient pas lui venir en aide alors que nous
savions déjà que les terroristes qui frappaient
à Paris même, en Algérie ou ailleurs, on les
appelait les Afghans. Donc, je dis oui vraiment, il y a eu beaucoup
d'erreurs. Et lorsqu'il y a quelques semaines au fond, le commandant
MASSOUD est venu à Paris, j'ai demandé à
ce qu'il soit reçu par Jacques CHIRAC. Il a trouvé
porte close. On préférait recevoir des dirigeants
syriens, un Etat voyou protecteur d'un autre terrorisme. Que d'erreurs
et que d'aveuglement.
FREDERIC HAZIZA
C'est-à-dire que vous considérez qu'il y a eu des
erreurs de la part de l'Occident. De quelle manière aujourd'hui
peut-on rattraper ces erreurs ?
ALAIN MADELIN
Il faut faire ce qu'on aurait dû faire après la chute
du mur de Berlin.
ERIC MANDONNET
C'est-à-dire rompre avec les Etats voyous que vous avez
dénoncés ?
ALAIN MADELIN
Bien évidemment, bien évidemment, assurer la défaite
de ce régime des Taliban qui est un formidable obscurantisme.
Vous avez vu la façon dont il traite les populations civiles,
les femmes humiliées, pas droit à l'enseignement,
pas droit aux soins, pas droit de sortir. Je veux dire, c'est
un retour à une barbarie que l'on croyait complètement
révolue sur le sol de notre planète. Je suis très
confiant parce que ce fascisme islamique, il sera vaincu. On ne
peut rien construire avec lui. Il ne peut que détruire.
Et donc, nous en viendrons à bout mais plus ou moins vite,
avec plus ou moins de douleur selon que nous saurons organiser
la riposte. La riposte aujourd'hui, c'est bien évidemment
mettre fin à ce régime et à ces bases arrières
du terrorisme en Afghanistan. Mais la riposte, au-delà
de cette opération j'allais dire de gendarmerie internationale,
la riposte au-delà, c'est de tirer les leçons de
ce 11 septembre et de construire un nouvel ordre international
civilisé sur la base d'une nouvelle Société
des Nations démocratiques. Ce qui est visé à
New York, à Washington, ce n'est pas l'Amérique
pour ce qu'elle a fait, mais l'Amérique pour ce qu'elle
est. Et en visant l'Amérique pour ce qu'elle est, on vise
nos démocraties. Ce sont nos valeurs, ce sont nos exemples
de prospérité, de démocratie qui font insulte
à tous ces régimes oppresseurs qui maintiennent
des dictatures dans le monde et qui cherchent un alibi à
leur dictature et à la misère de leurs peuples.
Donc, c'est nous qui étions visés. Et donc, nous
avons devoir de réorienter notre politique étrangère,
je dis ça depuis longtemps, sur la base de ce que j'ai
appelé la préférence démocratique,
c'est-à-dire la préférence entre deux Etats,
je préfère celui qui est le plus proche de mes valeurs.
Ca n'empêche pas d'avoir des relations avec tout le monde
mais cela veut dire que je construis un nouvel ordre international
sur la base des valeurs universelles, universelles qui sont celles
de la défense des droits et de la dignité de la
personne.
GERARD LECLERC
Tout de même, est-ce que les Américains n'ont pas
une responsabilité énorme, quand on sait que c'est
eux au départ qui ont formé BEN LADEN et les terroristes
qui sont avec lui, quand on sait que les Américains soutiennent
des Etats comme l'Arabie Saoudite qui ne sont quand même
pas des démocraties, comme le Pakistan qui ont joué
quand même dans cette affaire là un rôle assez
trouble ?
ALAIN MADELIN
Oui, bien sûr, bien sûr. Mais j'hésiterai à
montrer seulement les Etats-Unis du doigt. Le fait d'avoir soutenu
lorsque nous étions en lutte contre le totalitarisme communiste
celles et ceux qui se battaient contre ce totalitarisme, ce n'était
pas une faute.
GERARD LECLERC
C'était du terrorisme quand même.
ALAIN MADELIN
Non. J'étais en Afghanistan à ce moment là.
Le terrorisme, il était du côté des Soviétiques.
C'était de la résistance. Le fait de l'avoir fait
à ce moment là, ça n'a rigoureusement rien
à voir avec le fait d'avoir continué après
la chute du mur de Berlin. Après la chute du mur de Berlin,
moi, j'ai dit dans notre combat contre le totalitarisme communiste,
nous avons été amenés à faire des
choses, à soutenir des Etats que nous n'aurions moralement
pas dû soutenir, mais ennemi principal oblige. Mais nous
avons le devoir de réviser notre politique, notre politique
au Proche-Orient, notre politique en Afrique autour de ce concept
que j'ai appelé celui de la préférence démocratique.
Les Américains, je les ai
A chaque fois que j'ai
pu rencontrer des responsables américains, je les ai mis
en garde contre la politique de soutien unilatérale qu'ils
avaient vis-à-vis du Pakistan. Et le Pakistan lui-même,
nous le savons, soutenait les Taliban et les Taliban soutenaient
les terroristes. De la même façon, la France, pardon,
se réjouissait de ses bonnes relations avec le Pakistan,
vous pensez, notre deuxième client en matière de
vente d'armes, un bon client.
FREDERIC HAZIZA
Monsieur MADELIN, vous dites, tout le monde pense aujourd'hui
que les Etats-Unis vont s'en prendre à l'Afghanistan. Est-ce
qu'il y a d'autres Etats voyous qu'il faut combattre aujourd'hui
?
ALAIN MADELIN
Nous voyons aujourd'hui avec ce terrorisme de masse utilisant
des actes de guerre que les scénarios de science-fiction
qui pouvaient être faits hier sur lesquels un jour à
la panoplie du terrorisme il pourrait y avoir des armes nucléaires
ou des armes bactériologiques sont des scénarios
contre lesquels il faut se prémunir.
FREDERIC HAZIZA
Et le Pakistan a l'arme atomique aujourd'hui.
ALAIN MADELIN
Oui. Et donc, il est absolument indispensable de poursuivre le
combat contre à la fois les foyers de terrorisme mais éventuellement
contre tous les Etats qui, de près ou de loin, auraient
contribué à alimenter ce terrorisme. Je reprends
un exemple, celui de l'Irak. On ne va pas refaire les événements
mais je veux dire, on ne peut pas laisser incontrôlés
des laboratoires qui prépareraient des armes bactériologiques
en Irak et qui pourraient demain les donner à tel ou tel
terrorisme dans le monde, voilà un exemple.
FREDERIC HAZIZA
Ca veut dire qu'une riposte américaine et même internationale
doit viser également le régime de Saddam HUSSEIN
?
ALAIN MADELIN
Non, non. Cela veut dire simplement qu'à l'heure actuelle,
nous allons sans doute frapper l'Afghanistan. Et plus exactement,
j'espère que l'on pourra faire l'essentiel aujourd'hui,
c'est-à-dire aider la résistance du commandant MASSOUD
qui ne verra pas la libération de son pays hélas,
qu'on puisse aider cette résistance et que l'on puisse
essayer de faire tomber très largement ce régime
taliban de l'intérieur. Vous savez, il y a 40 000 Taliban,
il y a 17 millions d'Afghans. Je pense qu'avec un peu de pression
on peut faire tomber ce régime de l'intérieur surtout
que les Américains ont su intelligemment semble-t-il mettre
le Pakistan dans leur jeu. Mais au-delà de cette riposte
qui ne touchera pas monsieur BEN LADEN, je n'en sais rien, ce
terrorisme de masse, il ne disparaîtra pas avec cette opération
en Afghanistan. Il a encore ici et là ses agents dormants.
Il a encore des gens qui croient à la guerre sainte. Il
a encore
Donc, derrière tout cela, il faudra reconstruire
un ordre démocratique international. Et je l'ai dit, la
base de cet ordre démocratique international, pour moi,
c'est l'alliance sans faille des nations démocratiques,
anciennes démocraties, nouvelles démocraties, une
alliance très ouverte à celles et ceux qui ont envie
de partager nos valeurs.
GERARD LECLERC
Quand même sur cette riposte, vous vous êtes prononcé,
vous, pour un soutien, une solidarité totale avec les Etats-Unis.
Et on entend beaucoup de voix en France qui disent attention,
il faut que la riposte soit proportionnée, il ne faut pas
se laisser entraîner dans n'importe quelle aventure. Qu'est-ce
que vous en concluez ?
ALAIN MADELIN
Bien sûr parce que dès qu'il s'agit de solidarité
GERARD LECLERC
Il ne faut pas d'alignement sur les Etats-Unis.
ALAIN MADELIN
Oui, mais on connaît l'ancienne et ils vont revenir bien
sûr, les arguments selon lesquels au fond les Américains
l'ont bien cherché, selon lesquels au fond c'est l'exemple
de l'hégémonie américaine qui est responsable
de tout ça, selon
Enfin, vous connaissez toute la
panoplie de ces mauvais arguments généralement maniés
en première ligne par ceux qui, hier, étaient les
amis de CASTRO, de MAO TSÖ-TONG, des Khmers rouges, toutes
les formes de communisme dans le monde.
GERARD LECLERC
On entend aussi à droite monsieur BALLADUR, des gens comme
ça.
ALAIN MADELIN
Non, mais je dis maniés intellectuellement par ceux-là
et puis ensuite repris, bêlés bêtement politiquement
par d'autres. Pardonnez-moi, s'il doit y avoir une politique arabe
de la France, oui, il doit y avoir une politique arabe de la France,
il faut en changer. La politique arabe de la France, c'est une
politique d'amitié avec les peuples, avec leur volonté
de libération de ces fers dans lesquels éventuellement
un islamisme le plus borné, ce fascisme islamiste peut
avoir envie de les enfermer. On me disait hier qu'en Kabylie,
des jeunes manifestaient contre le régime mais avec des
drapeaux américains. Donc, nos valeurs, elles ont vocation
à être
, ce sont des valeurs universelles de
dignité de la personne, ce ne sont pas des valeurs du monde
occidental, ce sont les valeurs de l'homme partout, partout dans
le monde. C'est la raison pour laquelle je dis que la politique
arabe bien sûr, elle doit être une politique de la
France d'amitié avec les peuples arabes, de souhaiter qu'ils
puissent le plus rapidement possible avoir les mêmes droits
que l'ensemble de ceux dont nous disposons aujourd'hui, qu'ils
puissent partager la prospérité. Voilà, c'est
ça, une politique arabe. Mais la politique arabe qui consistait
à faire copain-copain avec un certain nombre de dictatures
avec, en arrière-fond, de douteux marchés de vente
d'armes, cette politique arabe, selon moi, elle doit être
derrière nous.
FREDERIC HAZIZA
Mais quand vous dites il faut revoir cette politique arabe de
la France, c'est surtout un appel que vous lancez à Jacques
CHIRAC aujourd'hui ?
ALAIN MADELIN
Oh, écoutez, je crois que c'est une tentation française,
vous l'avez dit il y a un instant dans votre question, que de
dire nous, on est plus malins, les Américains sont un peu
bêtes, un peu brutaux et donc, nous, on est plus malins,
on va essayer de passer entre les gouttes. Et peut-être
que si nous savions passer entre les gouttes, nous saurions éviter
le cas échéant si ça tourne mal un attentat,
des représailles chez nous. Non, encore une fois, je le
dis, ce n'est pas l'Amérique qui a été frappée,
c'est l'ensemble de nos valeurs du monde civilisé. Je l'ai
dit tout à l'heure, l'Amérique n'a pas été
frappée pour ce qu'elle a fait. On a dit toujours, mais
regardez, s'il y avait eu une solution, si les négociations
avaient avancé, les négociations de paix entre Israël
et les Palestiniens avaient avancé, vous pensez que ça
aurait arrêté la guerre sainte ? Ceux qui proposent
cette guerre sainte, ils ne demandent pas un accord au Proche-Orient,
ils demandent le départ d'Israël, ce qui est tout
à fait différent. Et puis même si Israël
n'était pas au Proche-Orient, ça ne les empêcherait
pas de prêcher la guerre sainte par rapport au modèle
de société que nous représentons et qui,
pour eux, est une insulte permanente. Je tiens à répéter
que ce fascisme islamique est l'alibi de dictateurs, de rentiers
du pétrole dans cette région du monde qui cherchent
un alibi au maintien de leur pouvoir despotique.
FREDERIC HAZIZA
Quand vous disiez à l'instant, on va essayer de passer
entre les gouttes, en France, on veut être un peu plus malin,
vous ne mettez pas en cause un peu cet esprit munichois qu'on
a connu à une autre époque ?
ALAIN MADELIN
J'hésite à utiliser toujours des grands mots et
même le mot de guerre, je ne l'ai pas utilisé me
semble-t-il depuis le début de mon propos. J'ai dit qu'il
y avait des actes de guerre. Je ne pense pas que nous soyons en
guerre. Et donc, je me garderai de toutes ces comparaisons. Je
sais en revanche que nous avons un ennemi, qu'il est identifié,
que cet ennemi, la lutte sera longue et difficile, qu'il faut
démanteler ses réseaux, qu'il faut démanteler
le réseau d'amitiés étatiques qui est autour
de lui et qu'il faut surtout que nous cessions non pas notre lâcheté
munichoise mais notre aveuglement. Cet été, j'ai
souhaité me rendre au Soudan avec des journalistes parce
que je lisais, là, il y a un régime aussi taliban
au Soudan. Oh, excusez du peu, guerre civile, ça a fait
un million de morts déjà, un million de morts. Mais
on s'intéressait à la mondialisation, on s'intéressait
aux morts des rues de Gênes. Ce 1 million de morts là,
il n'intéressait personne. Loin de la télé,
loin du cur. Et je ne voudrais pas surtout que, dans cette
riposte que nous allons construire demain, nous donnions le sentiment
que c'est la riposte avec les Américains pour les Américains.
Non, c'est la riposte pour un certain nombre de valeurs avec les
Américains parce qu'ils sont aujourd'hui frappés.
Mais ceci porte une exigence derrière de transformer nos
politiques étrangères occidentales de façon
à ce que nous soyons aussi attentifs demain au malheur
du peuple soudanais ou au malheur du peuple algérien.
GERARD LECLERC
Juste un mot tout de même, je reviens sur cette riposte.
Est-ce qu'il faut être derrière les Etats-Unis, leur
faire confiance, agir donc avec eux ou est-ce qu'il faut prendre
un peu plus de recul, il faut par exemple comme l'a proposé
hier Robert HUE réunir le Conseil de sécurité
pour qu'il y ait véritablement une décision qui
soit prise par tous les Etats ?
ALAIN MADELIN
La question du Conseil de sécurité est une question
accessoire. La question de la solidarité est une question
essentielle. Si demain la solidarité devait faillir, ce
serait une petite victoire de plus pour les terroristes.
FREDERIC HAZIZA
Et vous pensez qu'il y a un risque aujourd'hui que cette solidarité
faillisse demain dès le début de cette riposte annoncée
des Etats-Unis ?
ALAIN MADELIN
Je ne pense pas sur le plan politique mais je vois déjà
ici et là des maillons faibles.
FREDERIC HAZIZA
Par exemple, donnez-nous
ALAIN MADELIN
Non, dans la presse tout bêtement, tout simplement dans
la presse. Je lisais hier un article d'un grand quotidien. Un
journaliste, un de vos confrères émérite
expliquait " mais est-ce que ce ne sont pas nos valeurs qui
sont une provocation pour d'autres peuples ? ". Comment peut-on
écrire de telles choses ? Enfin.
FREDERIC HAZIZA
En fait, c'est la grille de lecture qui n'est pas la bonne.
ALAIN MADELIN
C'est-à-dire ?
FREDERIC HAZIZA
La grille de lecture peut-être, vous parlez de la presse,
de la presse, d'un certain nombre de politiques qui
ALAIN MADELIN
Oui, parce que nous aimons bien l'anti-américanisme qui
est, je l'ai rappelé, pour beaucoup une sorte de rappel
de leur jeunesse anti-impérialiste dans un autre contexte.
Nous aimons beaucoup cet anti-américanisme. Encore une
fois, je voudrais expliquer qu'il ne s'agit pas d'être pour
ou contre les Américains dans cette affaire. Il s'agit
d'être responsable par rapport à un ennemi qui est
l'ennemi des valeurs auxquelles nous croyons et qu'il ne s'agit
pas de faire seulement une riposte pour punir le logo le plus
représentatif de cet ennemi, je veux dire BEN LADEN, il
s'agit derrière d'organiser la solidarité des nations
démocratiques, anciennes et nouvelles démocraties
pour essayer de construire un ordre mondial civilisé et
que cette exigence de riposte aujourd'hui nous amènera
demain - et c'est l'espoir, du mal peut sortir un bien - à
être un peu plus attentif à ces autres massacres
qui sont perpétrés bien loin des caméras,
au Soudan, en Algérie ou ailleurs.
ERIC MANDONNET
Est-ce que vous pouvez être plus précis sur un point
concernant l'attitude française actuellement face aux Etats-Unis
: est-ce que vous considérez que le gouvernement, que certains
membres du gouvernement tergiversent ?
ALAIN MADELIN
Non.
FREDERIC HAZIZA
Ni au gouvernement, ni à l'Elysée ?
ALAIN MADELIN
Non, non, non. Je regardais le passé et je regardais, que
d'erreurs. Il est évident
J'avais protesté
il y a quelque temps lorsque le Quai d'Orsay avait reçu
au mépris d'ailleurs des résolutions de l'ONU, avait
reçu des dirigeants taliban. C'était une erreur,
c'était une faute. J'avais protesté contre le faste
donné à la visite des dirigeants syriens en France.
C'était une erreur, c'était une faute. J'avais souhaité
que le commandant MASSOUD qui représentait cette résistance
au terrorisme soit reçu, lui, par Jacques CHIRAC. Il ne
l'a pas été. C'était une erreur, c'était
une faute. Aujourd'hui, tout le monde comprend que l'on déroulerait
un peu moins le tapis rouge devant les dirigeants syriens que
même Yasser ARAFAT hésite à rencontrer et
que l'on recevrait en plus grandes pompes le commandant MASSOUD.
GERARD LECLERC
Vous avez parlé tout à l'heure de fascisme islamique.
Où s'arrête ce fascisme islamique ? Quand Ariel SHARON
dit " les Américains ont BEN LADEN, nous, on a Yasser
ARAFAT ", qu'est-ce que vous en pensez ?
ALAIN MADELIN
Je ne sais pas quel est ce propos. Je l'ai vu rapporté.
Je ne l'ai pas vu écrit. Les Israéliens subissent
déjà depuis quelque temps aussi des effets de ce
fascisme islamique, ces attentats suicides.
GERARD LECLERC
Ils sont dans une situation de guerre quand même. Ce n'est
pas tout à fait la
ALAIN MADELIN
Non, je ne fais pas de nuance. L'ambassadeur de France et vous-même
semblez faire une nuance. Moi, je n'en fais pas.
FREDERIC HAZIZA
Justement, sur ces déclarations de l'ambassadeur de France
en Israël
ALAIN MADELIN
Voilà, je viens de vous dire, je n'en fais pas.
FREDERIC HAZIZA
Est-ce que vous pensez qu'il doit être rappelé à
Paris par exemple ?
ALAIN MADELIN
Ecoutez, pardon
Je ne suis pas en charge de la diplomatie
française mais je dis simplement que c'est une erreur et
encore une faute que d'essayer de distinguer entre un bon terrorisme
qui aurait une raison quelconque et un
Non, vous savez,
lorsque l'on fait ainsi don de sa vie à Allah dans la promesse
d'un paradis futur parce que l'on a été endoctriné
et que l'on va tuer des femmes et des enfants, qu'on le fasse
à New York, qu'on le fasse au Soudan, qu'on le fasse au
Kashmir ou qu'on le fasse en Israël, pour moi, c'est exactement
la même chose.
GERARD LECLERC
Mais il y a une situation de guerre quand même au Proche-Orient.
ALAIN MADELIN
Je dis, c'est exactement la même chose. C'est une situation
de guerre. Si vous avez une situation de guerre, vous avez des
réponses de guerre, vous avez des réponses de paix
mais vous n'avez pas ces actes qui consistent à se faire
tuer, ces actes au nom d'Allah. C'est une guerre sainte. Et je
rappelle que, pour moi, ce fascisme islamique est une formidable
déformation de l'Islam qui est et reste à mes yeux
une très grande religion du monde, une religion issue du
Livre, une religion de tolérance. Et on ne tue pas ainsi
des civils au nom d'Allah. Seuls quelques fous, quelques illuminés
peuvent faire croire cela. Et ce que je reproche à beaucoup,
c'est de laisser se développer ce fanatisme religieux.
Si j'avais un reproche à faire à l'Autorité
palestinienne, je l'ai fait d'ailleurs en me rendant avant et
après et pendant, je me suis rendu en Israël cet été
parce que je pensais que c'était une région où
beaucoup de choses allaient se jouer, c'est de ne pas éteindre,
de ne pas faire tout ce qui est en son pouvoir pour éteindre
cette excitation à la haine permanente. Vous savez, il
y a une image qui a frappé beaucoup de gens il y a quelques
jours, c'était cette femme qui disait " Dieu ne m'aime
pas. Aucun de mes enfants n'est encore mort dans cette lutte contre
Israël ". Là vraiment, il y a un vrai problème.
Bon, je n'en veux pas à cette femme mais vous vous rendez
compte du déluge de propagande de haine qu'il a fallu pour
qu'elle en arrive à dire cela de ses enfants. Donc, il
faut arrêter. J'espère que, encore une fois, du mal
pourra sortir un bien et qu'en Israël, tout le monde comprendra
que, maintenant, il faut mettre je dirais de l'eau pour éteindre
les braises.
GERARD LECLERC
Et ça passe par une beaucoup plus forte implication des
Etats-Unis et de la communauté internationale pour imposer
un règlement au Proche-Orient ?
ALAIN MADELIN
C'est plus compliqué que cela. Mais je crois que les choses
ne seront pas en Israël, après le 11 septembre, comme
avant.
FREDERIC HAZIZA
C'est-à-dire ? Qu'est-ce que vous voulez dire par là
?
ALAIN MADELIN
Que, à la fois, les Palestiniens l'ont bien compris, on
n'imagine pas aujourd'hui l'Autorité palestinienne cautionner
indirectement, même indirectement un attentat suicide contre
Israël, à Jérusalem ou ailleurs. Ca paraît
inimaginable. Donc, j'espère que l'Autorité palestinienne
va comprendre qu'il faut mettre, je l'ai dit, de l'eau, beaucoup
d'eau, des canadairs d'eau sur les braises de la haine. Et puis,
peut-être que si l'on construit ce nouvel ordre international
dont je parlais tout à l'heure, les garanties internationales
et une pression internationale apparaîtront plus crédibles
à Israël qui a eu souvent le sentiment qu'elle ne
pouvait que sur elle-même.
FREDERIC HAZIZA
Alain MADELIN, nous allons marquer une pause et nous retrouver
dans quelques instants.
FREDERIC
HAZIZA
Et justement, question de reprise d'Eric MANDONNET de L'EXPRESS.
ERIC MANDONNET
Quelle doit être selon vous la nature de la participation
française à la riposte américaine ?
ALAIN MADELIN
Je n'en sais rien, celle qui nous sera demandée dans l'esprit
d'une solidarité sans faille avec les Américains
dans cette riposte et au-delà de cette riposte dans l'organisation
nouvelle d'une politique internationale de sécurité
et de défense. Nous avons pensé pendant longtemps
que le terrorisme était une affaire de police et de justice.
Non, c'est une affaire politique, essentiellement politique qui
exige de réorganiser complètement notre sécurité
intérieure et extérieure, il n'y a plus de différence,
qui exige aussi bien évidemment de repenser totalement
notre politique étrangère où nous ne saurions
plus avoir les complaisances passées à la française
vis-à-vis de régimes comme les régimes irakien
ou syrien. Et il s'agit de le faire, je le répète
aussi, dans l'esprit de faire en sorte que, si l'on veut rendre
cette riposte crédible, au-delà de cette riposte,
notre politique étrangère dans le monde paraisse
guidée par les principes et les vertus que nous allons
défendre dans notre riposte.
FREDERIC HAZIZA
Mais là, concernant cette riposte, est-ce que la France
doit aller jusqu'à envoyer un corps expéditionnaire
si les Etats-Unis interviennent par voie terrestre ?
ALAIN MADELIN
Mais vous ne savez absolument pas comment se fera la riposte,
moi non plus même si j'ai quelques petites idées
pour un peu connaître l'Afghanistan et avoir bourlingué
en Afghanistan dans des circonstances difficiles. Premièrement
ce qu'il faut faire, c'est bien sûr s'assurer la solidarité
du Pakistan car il ne servirait à rien bien évidemment
d'aller démanteler les bases arrières du terrorisme
taliban en Afghanistan si, dans le même temps, nous voyons
les Taliban prendre le contrôle du Pakistan et de l'arme
nucléaire pakistanaise. Donc, il fallait s'assurer une
solidarité sans faille du Pakistan. Pas facile. Apparemment,
les Américains l'ont fait. Deuxièmement, il faut
bien évidemment mettre le paquet sur la résistance
aux Talibans, la résistance intérieure qui existe
dans la vallée du Panchir. Il faut faire de Douchanbe au
Tadjikistan qui est l'aéroport une base arrière
de cette résistance en accord entre essentiellement les
Russes et les Américains pour donner à cette résistance
afghane, les moyens de résister. J'étais dans la
vallée du Panchir, c'était en août 99, c'était
dans la vallée du Panchir, une situation militaire, bon,
elle est ce qu'elle est, mais une situation humaine dramatique
à l'arrivée de l'hiver. Je me tourne vers la Commission
européenne, je dis qu'est-ce que vous faites pour aider
les réfugiés de la vallée du Panchir ? Réponse
du comité européen au Parlement européen,
c'est dans le Journal officiel du Parlement européen, "
mais nous avons un devoir de neutralité ". On était
neutre entre le fascisme taliban, islamique et la résistance
démocratique, on était neutre. Pardon mais c'est
des choses qu'il ne faut plus faire, qu'il ne faut plus voir.
Et donc, oui, derrière, il faut aider cette résistance.
Et puis vraisemblablement, vraisemblablement, il existe des moyens
de faire tomber le régime de Kaboul de l'intérieur.
Soumis à la pression internationale, à la menace
d'intervention, à la pression des forces du commandant
MASSOUD, j'ai du mal à penser que
40 000 taliban peuvent corseter 17 millions d'Afghans.
GERARD LECLERC
Vous avez parlé de complaisance à l'égard
de certains régimes arabes. Vous aviez parlé également
un peu de réflexe anti-américain. Tout ça,
vous le sentez plus fort en France que dans les autres pays européens
?
ALAIN MADELIN
Bien sûr, bien sûr. Nous avons une longue tradition
de complaisance qui est
Alors, à chaque fois, qui
est habillée de beaux sentiments. On est plus malin que
les autres. On sait, nous. On sait. Bon, la réalité
n'est pas ça.
FREDERIC HAZIZA
Mais comment vous l'expliquez ça ? C'est par la peur ?
On se dit, si on agit comme ça, on n'aura pas d'attentats,
il vaut mieux rester un peu en retrait ?
ALAIN MADELIN
Ca peut agir un peu. L'appât des ventes d'armes est aussi
un deuxième atout. Vous savez, on a peur du Pakistan aujourd'hui
parce que le Pakistan a l'arme nucléaire. Je suis ministre
de l'Industrie - oh, c'est vieux, c'était en 1986- une
des premières choses que je fais, j'arrête la coopération
nucléaire entre la France et le Pakistan parce que je suis
un peu inquiet de cette dissémination.
FREDERIC HAZIZA
Et qu'est-ce qui se passe après ?
ALAIN MADELIN
Ce qui se passe, c'est que les socialistes protestent sur les
bancs socialistes. J'entends madame Edith CRESSON qui dit "
comment, Monsieur MADELIN, vous allez arrêter cette belle
coopération nucléaire entre la France et le Pakistan
? ". Voilà, enfin, je pourrais en accumuler plein
des anecdotes de ce type de cet aveuglement de Français,
sans revenir à l'aide nucléaire que nous avions
apportée à une autre époque à l'Irak.
Alors voilà, dans cette affaire, je crois qu'il faut être
solidaire mais il ne faut pas se tromper d'adversaire. Mais les
Américains ne vont pas se tromper d'adversaire et nous
n'allons pas nous tromper d'adversaire. Ce n'est pas une guerre
de civilisation, foutaise. Ce n'est même pas une guerre.
FREDERIC HAZIZA
Ca peut le devenir.
ALAIN MADELIN
Il faudrait vraiment qu'on fasse beaucoup de bêtises. Mais
non, ce n'est pas une guerre, ce n'est pas une guerre, c'est un
acte de police internationale contre une poignée de barbares.
Mais nous pourrions effectivement déraper dans la guerre
car tout l'art de ce terrorisme, c'est d'essayer de prendre le
contrôle des masses arabes par la manipulation des symboles.
Donc, il faut être extrêmement prudent bien sûr,
ne pas tomber dans leur jeu et je l'ai dit ne pas se tromper d'adversaire.
Ce n'est pas une guerre de civilisation. Ce n'est pas une guerre
de religion sauf une guerre civile à l'intérieur
d'une religion. Ce n'est pas une guerre du Nord contre le Sud.
Ce n'est pas l'Islam. Et je tiens à dire très haut
et très fort qu'il faut refuser tout amalgame entre ce
fascisme islamique et l'Islam. Mais je dis aussi qu'il appartient,
puisque je le dis très haut et très fort, aux autorités
musulmanes politiques et religieuses du monde entier de le dire
encore plus haut et encore plus fort.
ERIC MANDONNET
Vous parliez il y a quelques instants d'une complaisance à
la française. Est-ce qu'il existe un problème européen
? Est-ce que certains pays européens ne contribuent pas
en termes d'information au renseignement international ? Est-ce
que vous êtes choqué de l'attitude de Londres ?
ALAIN MADELIN
C'est-à-dire ?
ERIC MANDONNET
Est-ce que vous considérez que Londres est trop complaisant
vis-à-vis de certains courants islamistes ?
ALAIN MADELIN
Londres sert de base arrière, oui, pour une part aux courants
islamistes. Ce sont des choses qu'il faut réorganiser,
tout ça. J'ai parlé, je dis qu'il faut repenser
maintenant cela en termes politiques, ne plus faire de différence
entre la sécurité intérieure et la sécurité
extérieure. C'est vrai pour la France, c'est vrai pour
l'Amérique, c'est vrai, et vous avez raison de le souligner,
bien sûr pour l'Angleterre.
FREDERIC HAZIZA
On parle de la France. Jacques CHIRAC doit se rendre à
Washington puis à New York mardi. Est-ce que vous estimez
que le maintien de cette visite, que cette visite est opportune
?
ALAIN MADELIN
C'est au président de la République de l'apprécier.
Mais je veux dire, nous sommes quand même à un moment
où les symboles sont forts. Et le symbole du président
de la République aux côtés des dirigeants
américains, le symbole du président de la République
aux côtés du peuple américain dans la douleur
est un symbole fort que j'accueille vraiment avec plaisir d'avance.
FREDERIC HAZIZA
Alors, Jacques CHIRAC a dit il faut combattre le terrorisme par
tous les moyens. Est-ce que vous pensez que le président
peut être pris au sérieux après avoir fait
comme vous l'avez dit, avoir reçu comme vous l'avez dit
avec grand faste le président ASSAD à Paris ?
ALAIN MADELIN
Oui, mais autant que George BUSH. Je veux dire, c'est un aveuglement
collectif. On a été pas mal en France, côté
aveuglement. Mais enfin, il ne m'appartient pas de décerner
des prix en aveuglement. Le sous-secrétaire d'Etat américain
aux Affaires étrangères était à Islamabad
au mois d'août, début août. Et ce sous-secrétaire
d'Etat américain a reçu aussi des taliban à
Islamabad. C'était une faute.
ERIC MANDONNET
Même si vous ne décernez pas de prix, quel est à
vos yeux le bilan de la politique étrangère de Jacques
CHIRAC depuis 1995 ?
ALAIN MADELIN
Non, vous ne m'entraînerez pas sur ce terrain là
parce que ce serait un terrain de polémique intérieure.
ERIC MANDONNET
Non, parce que vous pouvez en dire du bien.
ALAIN MADELIN
Ca serait un terrain pour moi de polémique intérieure
et ce n'est pas le moment.
ERIC MANDONNET
Vous considérez que ça n'a pas été
une bonne politique internationale ?
ALAIN MADELIN
Non, mais j'ai une autre vision, vous l'avez senti depuis le début
de mon propos, que celle de Jacques CHIRAC de la politique internationale
de la France. Je reste fidèle à cette formule, belle
formule du général de GAULLE. La grandeur de la
France se conjugue avec ce pacte vingt fois séculaire de
la liberté dans le monde, la liberté dans le monde.
Et donc, je pense que l'on a fait une erreur - et elle est imputable
à toutes les générations - de ne pas remettre
en cause notre politique étrangère au lendemain
de la chute du mur de Berlin. Je ne vous le dis pas aujourd'hui.
Je l'ai dit, répété, écrit. Il fallait
bien évidemment réorganiser le monde sur de nouvelles
bases. Nous n'avons pas saisi celle de l'occasion de la chute
du mur de Berlin, il fallait réévaluer nos alliances
autour de ce principe de préférence démocratique,
je l'ai dit, au Proche-Orient ou entre la Syrie et Israël
pour être clair et je donne la préférence
démocratique à Israël, je l'ai dit dans la
région tourmentée du monde sur l'Afghanistan en
disant là, il y a un vrai problème, il faut faire
tomber le régime des taliban, je l'ai dit et répété
en Afrique en soutenant les démocrates africains contre
les dictateurs. Et je trouve que la politique de la France est
à la traîne par rapport à cette réorientation
je crois nécessaire.
FREDERIC HAZIZA
Dans cet ordre d'idée, Monsieur MADELIN, dans un peu plus
d'un mois doit se tenir à Beyrouth le sommet de la Francophonie.
Est-ce que, vu la situation, il faut maintenir ce sommet de la
Francophonie qui va se dérouler dans la capitale libanaise
sous tutelle syrienne ?
ALAIN MADELIN
J'étais déjà contre le précédent
sommet au Vietnam, voilà.
FREDERIC HAZIZA
Et sur Beyrouth alors ?
ALAIN MADELIN
Donc, même motif.
FREDERIC HAZIZA
On apprend à l'instant que le Hezbollah appelle à
ne pas laisser les Etats-Unis riposter contre l'Afghanistan.
ALAIN MADELIN
Ecoutez, moi, je vous dis, j'étais contre au Vietnam parce
que la francophonie, elle est quand même synonyme d'un certain
nombre de valeurs. Alors que vous ayez des relations avec tout
le monde et des relations avec le Vietnam, bien mais que vous
fassiez des gestes symboliques d'aller tenir un sommet sur la
francophonie au Vietnam, je pense que c'est une erreur. Moi, quand
je vais au Vietnam, j'y suis allé, c'était pour
aller rencontrer et soutenir les dirigeants au régime communiste.
Ce n'était pas facile vis-à-vis de la police vietnamienne.
Mais je l'ai fait. Donc, à chacun ses relations internationales.
Je crois réellement qu'il va falloir repenser tout cela
et bien se dire qu'on ne peut pas faire une opération de
police avec les Américains demain sans mettre notre politique
internationale après-demain en conformité avec les
valeurs que nous allons défendre ensemble. Vous voyez toute
l'implication de ce que ces mots disent, c'est-à-dire que
ça change tout, ça change tout.
GERARD LECLERC
C'en est fini de l'indépendance de la France alors ? C'est
l'alignement sur les Etats-Unis.
ALAIN MADELIN
Non, attendez, ce n'est pas du tout la fin de l'indépendance
de la France. Au contraire, la France a un formidable rôle.
La liberté dans le monde, les valeurs universelles, les
droits de l'homme, mais c'est nous, tout ça. Mais c'est
ça qui fait la grandeur de la France. Donc, je ne vois
pas du tout la France à la traîne. Je la vois à
l'avant-garde.
ERIC MANDONNET
Sur les répercussions en France des attentats de la semaine
dernière, vous avez parlé tout à l'heure
de fanatisme religieux dans certains coins du monde. Est-ce que
vous craignez, savez qu'il existerait des foyers de fanatisme
religieux en France ?
ALAIN MADELIN
Sûrement. Ils sont marginaux je pense pour en discuter avec
des gens dont c'est le métier d'avoir des renseignements
sur ces foyers. Ils existent. Les autorités religieuses
dans leur immense majorité se sont très bien comportées
à la prière du vendredi, ont bien tenu à
montrer la distinction entre ces islamistes fous et le véritable
Islam. Mais des kamikazes dormants, vous pouvez en avoir partout
et vous en avez sûrement en France.
FREDERIC HAZIZA
Il y a un risque de dérapage dans les banlieues ? Il y
a un risque de kamikasation d'un certain nombre de gens qui habitent
les banlieues ?
ALAIN MADELIN
Non. Je le dis avec une certaine réserve et une certaine
prudence parce qu'il faut faire attention.
FREDERIC HAZIZA
Parce qu'on a vu ce qui s'est passé à Béziers
il y a dix jours.
ALAIN MADELIN
Oui, oui, tout à fait. Mais j'y étais à Béziers.
J'y suis allé à Béziers. Je peux vous raconter
comment ça s'est passé à Béziers.
A Béziers, ce n'est pas un problème islamique. A
Béziers, c'était un problème de trafic de
drogue. Des trafiquants de drogue qui voulaient avoir leur paix
dans leur quartier et qui menaçaient la police, des trafiquants
de drogue qui voulaient trafiquer au centre-ville de Béziers
et qui avaient décidé d'intimider la police. Alors
ça a dégénéré. Il y a un fou
furieux qui s'est révélé plus violent que
les autres. Mais c'est essentiellement cela qui s'est passé
à Béziers. Donc, je crois qu'aujourd'hui il y a
une attitude responsable, je dis moi-même une attitude responsable
encore une fois très haut et très fort pour ne pas
souffler sur les braises. Et il faut que les responsables politiques
disent qu'il n'y a aucun amalgame à faire entre cet islamisme
fasciste et l'Islam. Mais il faut éviter le dérapage
parce que
L'autre jour, j'étais dans une boulangerie
et il y avait deux petites jeunes filles qui étaient là
et puis qui regardaient quelqu'un au faciès maghrébin
un peu plus loin et qui disaient " tu ne penses pas que c'est
un kamikaze dormant qui est là ? ". Bon, ça
existe aussi ce genre de réaction. Et de la même
façon, à l'intérieur des banlieues, il y
a des gamins qui ont refusé la minute de silence dans les
écoles parce qu'ils se disent " vous, en Algérie,
vous vous foutez de nos morts. Alors ne nous demandez pas d'être
solidaires ". Ce sont des réactions qui existent de
part et d'autre. Et donc, il faut être extrêmement
vigilant, extrêmement prudent. C'est le rôle des politiques,
c'est le rôle des autorités civiles, c'est le rôle
des autorités religieuses que d'essayer aujourd'hui d'éviter
ces dérapages internes. Mais on peut les éviter.
Je crois qu'on les évitera.
GERARD LECLERC
Oui, justement. D'une façon générale depuis
le début de cette crise, est-ce que vous pensez que la
France aussi bien en matière de politique étrangère
que sur les mesures prises en France a bien agi ? Est-ce que la
cohabitation a parfaitement fonctionné ?
ALAIN MADELIN
Ecoutez, je crois qu'on a fait ce qu'il fallait faire. La question
que je pose, c'est pourquoi les nations démocratiques se
sont réveillées si tard par rapport à un
ennemi que l'on connaissait, qui était parfaitement identifié,
parfaitement identifiable.
GERARD LECLERC
Autre conséquence de cette crise, les conséquences
économiques. Est-ce que vous craignez, est-ce que vous
pensez que l'on va vers une récession mondiale, qu'il peut
y avoir des conséquences graves ?
ALAIN MADELIN
On change complètement de registre.
FREDERIC HAZIZA
Oui, mais c'est toujours lié à ce qui s'est passé
mardi aux Etats-Unis.
ALAIN MADELIN
J'attends lundi pour vous répondre.
FREDERIC HAZIZA
L'ouverture de la Bourse de Wall Street ?
ALAIN MADELIN
Non, l'attitude des autorités monétaires européennes.
FREDERIC HAZIZA
C'est-à-dire, est-ce que vous appelez à une baisse
des taux d'intérêt par exemple ?
ALAIN MADELIN
Ecoutez, logiquement, je pense que c'est quelque chose qui peut
être surmonté, que les Américains vont faire
un formidable Thanks Giving Day patriotique, que cela va sans
doute doper l'Amérique plus que l'affaiblir.
FREDERIC HAZIZA
Doper l'Amérique et la croissance ?
ALAIN MADELIN
Doper l'Amérique et la croissance. Attendez, je vais nuancer
tout ça quand même derrière. Logiquement,
cela devrait faire ça. Que, derrière, il faut que
les autorités monétaires aient une bonne attitude.
Et donc, logiquement, lundi à l'ouverture des marchés,
il devrait y avoir une coordination des banques centrales y compris
la Banque centrale européenne
FREDERIC HAZIZA
Allant dans quel sens ?
ALAIN MADELIN
Allant dans le sens d'une baisse massive des taux d'intérêt.
FREDERIC HAZIZA
C'est-à-dire, de quel
ALAIN MADELIN
Je ne rentre pas dans les détails.
FREDERIC HAZIZA
Puisque récemment, on a baissé les taux d'intérêt
de 0,25 en Europe.
ALAIN MADELIN
Je dis qu'il faut ré alimenter d'urgence le marché
monétaire en Europe, je dis en Europe essentiellement car
l'Europe est trop favorable aux rentiers et pas assez favorable
à l'entrepreneur. Je pourrai développer, je le développerai
plus tard si la Banque centrale ne baissait pas massivement ses
taux d'intérêt. Si on fait ça en début
de semaine prochaine, je crois que l'on peut surmonter la crise
économique et même profiter d'un coup de fouet américain.
Mais derrière cela, pardon, mais derrière cela,
bien évidemment, ceci est soumis aux aléas de la
riposte et aux incertitudes de la riposte.
FREDERIC HAZIZA
Problème de confiance ?
ALAIN MADELIN
Oui, mais je ne veux pas faire de scénario de politique-fiction
mais comprenez-moi
On peut attaquer les bases de BEN LADEN
en Afghanistan. On peut libérer Kaboul des taliban. On
peut peut-être mettre fin à BEN LADEN lui-même.
Mais ceci peut facilement déraper aussi. Enfin, déraper,
c'est-à-dire que, derrière, monsieur BEN LADEN n'est
toujours pas pris. On a cassé ses bases intérieures
mais il existe des agents dormants qui, un peu partout dans le
monde, du coup reprennent de l'activité. Et beaucoup de
gens vont se poser la question " à ce moment là,
mais où va-t-on ? ". Et donc, ceci peut être
de nature à entamer le mouvement économique que
j'essayais d'esquisser il y a un instant avec vous. Et là,
on peut faire des scénarios plus ou moins
, il y a
des tas de scénarios que l'on peut faire.
FREDERIC HAZIZA
Mais le pronostic que vous faites aujourd'hui, c'est un pronostic
plus confiant ou plus angoissé ?
ALAIN MADELIN
Confiant sur le fond parce que, je le répète, ce
fascisme islamique, il sera vaincu. On est venu à bout
des deux totalitarismes du XXème siècle qui étaient
autrement colossaux, le communiste et le nazisme. Celui-là,
on ne peut rien construire dessus, je veux dire, les peuples qui
sont
On peut construire des prisons, enfermer un peuple,
pas construire la prospérité, on ne peut rien construire.
On ne peut pas construire la modernité là dessus.
Et je crois que les Etats arabes, les masses arabes doivent s'apercevoir
de cela. Donc, je ne suis pas inquiet sur cela. Mais la lutte
contre l'éradication de ce fascisme là peut être
plus ou moins longue et plus ou moins douloureuse. C'est la raison
pour laquelle si cela devait être long, il faut vraiment
veiller à ce que la France ne soit pas le maillon faible
de la solidarité.
FREDERIC HAZIZA
Toujours sur la France, l'une des dernières questions de
l'émission, c'est Eric MANDONNET qui vous la pose.
ERIC MANDONNET
Un mot sur les conséquences politiques de ce qui s'est
passé la semaine dernière. Vous-même étiez
parti en campagne. Pendant combien de temps suspendez-vous votre
action ? Et en quoi les termes de la campagne présidentielle
sont-ils modifiés ?
ALAIN MADELIN
Pour moi, je pense que la question de politique étrangère
arrive sur le devant de la scène lorsqu'on va s'interroger
au printemps prochain sur quel est l'avenir de la France. Et vous
vous souvenez peut-être parce que vous y avez participé,
qu'à de nombreux points presse,
de rencontres que
je pouvais faire avec les journalistes, j'insistais moi-même
sur ces questions. Je vous ai parlé
Combien de fois
vous ai-je parlé de l'Afghanistan ? Combien vous ai-je
parlé de la crise du Proche-Orient ? Combien de fois vous
ai-je parlé de cette réorientation de la politique
étrangère et de la préférence démocratique
? Donc, ce sont des questions qui, légitimement, se posent
aujourd'hui et qui mériteront bien sûr d'être
posées dans le débat présidentiel.
FREDERIC HAZIZA
Mais vous savez ce qu'on dit aujourd'hui aussi bien au PS du côté
de JOSPIN ou au RPR du côté de CHIRAC, c'est qu'avec
cette affaire, cette crise internationale, les petits candidats
comme vous par exemple sont marginalisés dans la campagne.
ALAIN MADELIN
Oui, je sais bien. Mais on verra le moment venu. On verra le moment
venu suivant je crois en l'intelligence des Français et
ils regarderont la pertinence des réponses qui sont apportées
et la crédibilité puisque nous allons rentrer dans
une politique étrangère de conviction, c'est bien
le sens des propos que je viens d'évoquer, la crédibilité
de ceux qui porteront cette nouvelle politique étrangère.
GERARD LECLERC
D'une façon générale, malheureusement rapidement
puisque c'est la fin de l'émission, quelques mots quand
même sur votre sentiment après ces premiers mois
de campagne ?
ALAIN MADELIN
Non.
GERARD LECLERC
Non ? Pas le temps ?
ALAIN MADELIN
Non, pas pas le temps, mais
FREDERIC HAZIZA
Pas le moment.
ALAIN MADELIN
Pas le moment.
FREDERIC HAZIZA
Eh bien, merci, Alain MADELIN, d'avoir été avec
nous aujourd'hui.