Internet ou la naissance d'une nouvelle civilisation

D'un monde à l'autre


Ni Etat ni bureaucratie

La confiance dans l'homme

Le village planétaire

La naissance d'un nouveau contrat social

               
D'un monde à l'autre

Comment résumer en quelques phrases ce passage du vieux monde au nouveau monde ? Qu'est-ce qui les distingue? Qu'est-ce qui les oppose?

D'abord, on l'a dit, le vieux monde repose sur une structure centralisée et pyramidale ; le nouveau fonctionne de façon horizontale, il s'appuie sur des réseaux. Le premier est concentrique ; le second est polycentrique. Son organisation repose sur les principes de décentralisation, de subsidiarité, de responsabilité individuelle.

Dans le premier, la société et l'économie sont étendre son des machines à fonctionnement mécanique; dans le second, elles constituent un système autonome et largement spontanée. La société des hommes s'y mue en un écosystème auto-organisé, autorégulé, un système où la logique administrative cède le pas à la logique du vivant.

Dans le vieux monde, la réglementation est coercitive, et l'esprit administratif domine. Dans le nouveau, l'esprit d'entreprise prévaut, et l'imagination . Il ne s'agit pas de prôner l'anarchie. Chacun sait qu'une société moderne a besoin d'une réglementation complexe. Mais, alors que, dans le vieux monde, la réglementation est un cadre de contrôle, dans le second, elle est un cadre d'accueil.

Le premier monde est constructiviste alors que le second est vitaliste. J'ai déjà eu l'occasion de développer la parabole de l'architecte et du jardinier : le XXème siècle a été celui des architectes politiques qui voulaient contraindre la société à respecter leurs plans. Le nouveau monde fera une place plus grande à la vie. Les hommes politiques seront moins des architectes que des jardiniers dont la mission sera de mettre en forme la nature ses fonctions en respectant ses lois.

En un mot, le vieux monde est un système mieux que fermé qui recherche l'homogénéité ; le nouveau, un système ouvert, hétérogène par nature, qui accepte l'étranger, la nouveauté, le risque.

Politiquement, le XX siècle, avec ses deux guerres mondiales et ses deux idéologies totalitaires, aura donc été le siècle des pouvoirs et de la souveraineté de l'État. Le XXIème siècle sera celui du réseau et de la souveraineté retrouvée de la personne. Au concept clé de pouvoir comme élément structurant de la société succédera la notion de responsabilité. Notons au passage que le pouvoir est un mot masculin et que la responsabilité est un mot féminin. C'est dire que l'ordre social du pouvoir est par nature un monde d'hommes et que la société de responsabilité est un monde très largement ouvert aux femmes.

Hier, le pouvoir était fonction, en large part, de la quantité de savoir et de la centralisation de la décision. Or, dans le monde de demain, la quantité de savoir possédée par un individu ne constituera plus la garantie d'une position hiérarchique. Ce qui comptera, c'est davantage la capacité d'utiliser ce savoir : l'imagination, la créativité, l'adaptabilité, la mobilité, etc.

En un mot, la vie en société, qui atraindre la société à opposait jusqu'à présent les puissants et les faibles, départagera demain les rapides et les lents. L'Etat est lent. Par nature. Par vocation. Par tradition. C'est pour cela qu'il doit être ramené à ses fonctions essentielles et dépouillé de tout ce qui peut être fait sans lui - c'est-à-dire, le plus souvent, mieux que lui. Le Premier ministre britannique, Tony Blair, aime rappeler que, dans la balance commerciale de son pays, les exportations de rock pèsent plus lourd que les exportations d'acier. Quel ministre, quelle administration, quel plan avait prévu, finalisé, réglementé, financé cela ?

 

8La fin du dirigisme3

Le vieux système hiérarchique où le chef a toujoursraison, car il sait et agit mieux que les autres, se délite. Dans l'entreprise, le système « taylorien » d'organisation, où les hommes étaient considérés comme des robots, travaillant à la chaîne, effectuant des tâches plus ou moins machinales selon des ordres ou des règlements concoctés au sommet de la hiérarchie, et surveillés par des « petits chefs », ce système-là a vécu.

Ce vieux principe hiérarchique correspondait à une période où l'on croyait que les choses, devenant de plus en plus complexes, seraient mieux maîtrisées, contrôlées, centralisées et dirigées « d'en haut ». Aujourd'hui, le dirigisme d'entreprise est mort. Et le dirigisme économique et social en pleine régression.

Quant au dirigisme politique, il agonise devant nos yeux. Toutes les structures collectives traditionnelles sont remises en cause. À commencer par l'État, son appareil central, son administration, son fonctionnement, ses rouages locaux. Il faut réorganiser l'État. Mieux. Le repenser.

Or, la France étant un vieux pays centralisé qui s'est longtemps identifié à son Etat, la question y est décidément plus délicate, plus sensible qu'ailleurs. Elle est l'occasion de débats qui ne sont pas toujours objectifs. La crise de l'État, la remise encause de ses fonctions et de ses prérogatives devient chez nous une crise globale de la politique, à la personne, à voire une remise en cause angoissante de notre identité nationale.

 

8L'avenir est au libéralisme3

Ce qu'on appelle la pensée libérale aujourd'hui est la vraie, la seule pensée alternative au socialisme et à l'étatisme. Elle se conçoit comme le principe organisateur du nouveau monde qui nous attend.

Qu'est-ce que le libéralisme ? C'est d'abord une pensée philosophique, juridique et politique qui tire les conséquences de cette fantastique évolution du monde, et qui donne délibérément la primauté à la personne, à sa liberté et à sa responsabilité. En cela, le libéralisme est d'abord un humanisme.

Contrairement à ce que les adversaires du libéralisme affirment à longueur d'interviews, contrairement aux caricatures désopilantes mais fausses qu'en font régulièrement les Guignols de l'info, la pensée libérale ne donne pas la priorité à l'économie. C'est une philosophie de la liberté et de la responsabilité personnelle. C'est une philosophie de la vie dont découlent un certain nombre de principes de justice et de droit.

Dans le nouveau monde qui s'ouvre, les libéraux ont encore beaucoup à apporter. Parce qu'ils entendent reprendre aujourd'hui l'idéal d'émancipation de la personne humaine que les partis ont abandonné. Il s'agit bien d'affranchir l'homme de ces mille liens de tutelle administrative et sociale qui brident sa liberté, sa responsabilité - en un mot sa personne.

N'ayons donc pas peur du progrès et du monde de demain. Les nouveaux horizons de la science apportent non seulement de nouvelles chances de prospérité, d'emploi et de croissance, mais aussi une croissance d'un nouveau type, plus soucieuse de l'homme et de son environnement, lui offrant de nouvelles possibilités d'être et d'apprendre. Une croissance créatrice de nouveaux produits, de nouveaux services, donc de nouveaux métiers.

Simultanément, cette plus grande ouverture au monde suscite un besoin de proximité, la nécessité de repères sécurisants et d'espaces à taille humaine, la possibilité de s'épanouir au sein de multiples communautés (à commencer par la famille), d'associations volontaires ou humanitaires, ou devrait nous de nouvelles solidarités professionnelles et culturelles.

Nous entrons dans une société postcapitaliste. Le véritable capital n'est plus le capital financier qui circule librement d'un bout à l'autre de la planète en quelques fractions de seconde pour se diriger à chaque instant là où il sera le mieux utilisé par l'homme.

Le véritable capital, c'est l'hornme : plus que jamais « il n'est de richesse que d'hommes ».