Internet ou la naissance d'une nouvelle civilisation

D'un monde à l'autre


Ni Etat ni bureaucratie

La confiance dans l'homme

Le village planétaire

La naissance d'un nouveau contrat social

               
La naissance d'un nouveau contrat social

Les règles sociales qui régissent le fonctionnement de l'activité économique et conditionnent l'intervention de l'État sont aujourd'hui en grande partie conditionnées par des concepts et des obligations issues de l'ère industrielle. Le drame de notre pays est que beaucoup imaginent les règles, les rapports sociaux comme figés et définitivement acquis.

Avec Internet, les échanges sont instantanés et détéritorialisés. Cette nouvelle dimension de l’échange pose les bases d'une mutation profonde de notre économie et nous oblige à redéfinir les notions de produits, de services, de travail, de relation entre les producteurs et les consommateurs...

Le salariat, avec ses lourdeurs et ses protections légitimes, est une forme de contractualisation de l'activité humaine qui correspond à un mode d'organisation : l'usine. Appliqué à une civilisation du savoir, de l'échange il devient inopérant. C'est ainsi que les personnes qui travaillent dans le monde de l’Internet optent le plus souvent pour des statuts de travailleurs indépendants, avec plusieurs employeurs, fixant le prix de leur compétence en fonction du contexte et de l'instant.

L'ère industrielle a fait de l'usine et du bureaux l'espace de structuration sociale quasi unique de notre société. C'est d'ailleurs en son sein que se construisent les grandes structures politico-syndicales. C'est à son entrée que les militants diffusaient leurs tracts. C'est dans l'entreprise sédentaire que s'édictait les codes sociaux, culturels, que les amitiés naissaient, que les couples se formaient. Ce modèle social unique, que constituait le salariat, établissait une frontière étanche entre la sphère privée et le monde du travail.

Or, la nomadisation de l'activité humaine, au travers de ce que l'on appelle le télétravail, fait éclater ce principe. Les nouvelles technologies de la communication en permettant aux gens de travailler de chez eux, de libérer du temps refondant le lien social et réorganisant l'ensemble des pratiques sociales. Il y a fort à parier que le syndicalisme tel que nous le connaissons aujourd'hui ne résistera pas au développement du télétravail et que d'autres formes d'organisation de la négociation collective apparaîtront au sein de ces nouvelles technologies.

La famille moderne – valeur retrouvée et libérée des pesanteurs industrielles – comme les communautés d'intention – qu'elles soient virtuelles ou associatives – risquent d'être demain les nouveaux lieux de structuration du lien social.

Les produits, à la différence de la production de masse, deviennent personnalisés, intuitifs, porteurs de sens, et se dématérialisent. Ainsi, l'industrie de la "pop" rapporte plus de devises à l'Angleterre que sa défunte sidérurgie. Les entreprises se mondialisent, se structurent en réseaux d'entités commerciales interdépendantes. Leurs puissances ne sont plus identifiables par leurs locaux, mais par la visibilité de leurs logos. La valeur ajoutée et la marge ne sont font plus sur le volume mais sur l'innovation, l'intelligence, la part de rêve suggérée par le produit.

L'ossature technologique qu'offre le Net, permet à tous un chacun d'échanger aux quatre coins de la planète. L’échange se dématérialise, s'émancipe des structures complexes de distribution, n'est plus l'apanage des seuls marchands. Tout un chacun peut échanger sa propre production, qu'elle soit matérielle (produits artisanaux, meuble, voiture...) ou immatérielle (sons, vidéos, environnements électroniques), la monnayer ou la troquer.

Cette évolution de la notion d'échange trouve, dans notre économie de crise, des applications dans le tissu associatif. C’est le cas, par exemple, du réseau du SEL (Système d’Echange Local) où des exclus de la société de consommations peuvent échanger des services et des biens.

En modifiant en profondeur les notions structurantes du système économique et social, l'Internet est entrain de faire naître un nouveau contrat social profondément ancré dans la tradition libérale de respect de la liberté des individus.