|
La
révision des lois bioéthiques passée au crible
Dans d'assez longues interviews, J-F Mattei fait le point sur la
révision des lois bioéthiques en débat à l'Assemblée
du 15 au 17 janvier 2002. Recours aux empreintes génétiques
post-mortem, élargissement du champ des donneurs vivants pour les
dons d'organes, recherche sur l'embryon et clonage reproductif en sont
quelques axes majeurs.
Retrouvez
tous les articles
de J-F Mattéi sur son site.
Clonage
: voir au-delà des illusions thérapeutiques
par Jean-François Mattei
Lactualité a remis sur le devant de la scène la question
du clonage humain qui, mois après mois, acquiert un peu plus de
réalité. Certes la société américaine
concernée a réfuté demblée toute idée
de clonage reproductif et mis en avant la notion de recherche à
visée strictement thérapeutique.
Pourtant parler de clonage thérapeutique est hypocrite. Hypocrite
parce que dans les deux cas, la technique utilisée est rigoureusement
la même. Lui accoler le terme " thérapeutique "
cest mettre en avant les progrès médicaux (la fin
de la maladie dAlzheimer, léradication du diabète
)
qui bien sûr emportent ladhésion de chacun. Comment
ne pas être favorable au développement de la médecine
régénérative (remplacer des cellules vieilles par
dautres plus jeunes) qui constitue un réel progrès
?
Accepter le clonage thérapeutique revient à franchir la
dernière étape avant le clonage reproductif, qui consiste
simplement à transférer dans un utérus les cellules
clonées.
Accepter le clonage thérapeutique nécessite aussi de disposer
dovules par milliers. Or comment sera constitué le stock
? Y aura-t-il recrutement contre paiement ? Au détriment des femmes
en difficulté économique ? Issues des pays du tiers monde
et soumises à une stimulation ovarienne ? Nous ouvrons là
un marché, qui ne peut prospérer que sil y a marchandisation
du corps humain. Est-ce là ce que nous voulons ? Le progrès
ne doit-il pas être au service de lhomme et non lhomme
instrument du progrès ? Comme ils lont montré pour
les OGM ou la vache folle, les citoyens se sentent désormais concernés
par tous ces problèmes qui touchent à la vie et lavenir
de leurs enfants. Confisquer ce nouveau débat au nom dun
impératif de stricte compétition scientifique ne me paraît
désormais plus possible.
Le
clonage humain est une véritable atteinte à la dignité et à la singularité
humaine
Communiqué
de Jean-François Mattei, Président du Groupe DL
L’annonce par un consortium
international privé de médecins de son intention de cloner des êtres humains,
si elle n’est pas surprenante, est parfaitement révoltante.
Elle n’est pas surprenante,
car il est aujourd’hui techniquement envisageable d’appliquer à des êtres
humains les méthodes utilisées pour cloner des mammifères tels que la
brebis ou le singe. Des scientifiques, dont un membre de la secte des
Raëliens, avaient déjà annoncé leur intentions de développer des recherches
pour réaliser le clonage humain.
Mais cette annonce
est parfaitement révoltante, car si la tentation est grande de jouer au
Docteur Faust, les arguments employés pour justifier une telle manipulation
sont inacceptables. Il s’agirait en effet de permettre à des couples stériles
d’avoir un enfant qui serait la stricte copie du père ou de la mère. La
logique financière qui sous-tend ces expérimentations touchant aux fondements
mêmes de la vie humaine achève de les disqualifier.
Il est tout à fait
nécessaire d’interdire et de sanctionner de telles pratiques au niveau
de la planète, le clonage étant une véritable atteinte à la dignité et
à la singularité humaine. Une telle transgression s’apparente à un véritable
crime contre l’Humanité. Il est du devoir de chacun d’entre nous de s’opposer
vigoureusement à toute forme d’expérimentation et de commerce dans ce
domaine.
A lire également :
Le
clonage humain est une véritable atteinte à la dignité et à la singularité
humaine
«
L'embryon, lieu de l'interdit et du sacré » par Jean-François Mattéi,
Libération, 7 février 2001
Le
vivant, les techniques et les brevets
par Jean-François Mattei, le Figaro, 24 août 2000
Bioéthique
: ne pas se tromper dans les choix, par Jean-François Mattéi,
Le Figaro, 31 janvier 2000
|