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Il
faut imaginer d'autres sécurités sociales
Aucun gouvernement ne peut échapper à la nécessaire réorganisation de nos systèmes de protection sociale. C'est le grand défi des années 80. Ce sera ling et extraordinairement difficile. Raison de plus pour arrêter cette fuite en avant combinée de recttes nouvelles aux couleurs de l'impôt, de la vignette ou de la cotisation exceptionnelle et des coups de freins bureaucratiques sur les dépenses. Si l'on veut éviter la régression sociale, il faut imaginer d'autres sécurités sociales. C'est pour ces "autres" sécurités sociales, alternatives à l'Etat-Providence que pour ma part, je plaide depuis 1978 devant tous les gouvernements. En voici brossé les grands traits au travers de deux principes, trois changements et une priorité. Premier principe. Les systèmes de protection sociale sont aujourd'hui trop l'affaire de l'Etat ou d'administrations anonymes et pas assez celles des citoyens. A l'esprit d'assistance qui déresponsabilise, il faut substituer l'esprit de l'assurance et de la mutualité. Deuxième
principe. Il faut retracer la frontière entre salaire directe
et salaire indirect. C'est là un choix de société
comme l'avait noté un jour André Bergeron. Premier changement.
Rendre enfin publiques, visibles les cotisations à la Sécurité
sociale, mettre fin à l'hypocrisie qui consiste à laisser
croire qu'il existe deux sortes de cotisations : patronales d'une part,
salariales, de l'autres. Deuxième changement. Distinguer au sein de l'institution sociale, à tous les niveaux, le plus clairement possible, ce qui relève de l'assurance (et donc des cotisatrions) et ce qui relève de la redistribution (et donc de la politique fiscale). Ce qui relève de la solidarité mutuelle et ce qui relève de la solidarité nationale (et donc du budget comme par exemple la politique familiale ou la politique en faveur des handicapés). Troisième
changement. Emanciper nos diverses institutions sociales trop centralisées,
trop étatisées. C'est ce que j'avais appelé, dans
ce même journal, en 1978, "autogérer la sécurité
sociale". Edmond Maire vient d'en reprendre l'esprit et même
parfois la lettre. La Sécurité sociale est la propriété
de tous les assurés, terme que je préfère à
celui d'assujettis qui est employé dans le jargon administratif. Une priorité.
Il faut donner la priorité à une véritable politique
de lutte contre la pauvreté. Les vrais pauvres connaissent, eux,
l'insécurité sociale avec tous ses drames. Ils ne bénéficient
en réalité que très peu des fantastiques activités
sociales de l'Etat-Providence. Il y a là quelque chose de choquant
qu'il faut avoir la volonté de corriger en priorité. |