Soigner mieux en dépensant moins
Alain Madelin, Le Médecin de France, 23 janvier 1986


Lorsque les médecins s'adressent à vous, à l'élu régional d'Ille et Vilaine ou au représentant d'un parti ?

Au politique surtout. Mais je m'enrichis d'observations sur la vie locale car je suis dans une région à problèmes. Et les meilleurs témoins en sont les médecins.

Etes-vous a priori favorable aux soins à domicile, au regroupement des professionnels de santé ?

Moi, je crois à de nouvelles formes de distribution des soins et de prévention.

Le fond de mon diagnostic personnel est le suivant : on se trouve à l'heure actuelle à la croisée des chemins en matière de protection sociale. Ou l'on garde le système tel qu'il est, et dans ce cas on va inéluctablement vers la régression sociale, la régression de la protection. Nous sommes, bien qu'on nous cache cette vérité, sur la voie de la sécurité sociale à deux vitesses. Et si on ne touche pas au système lui-même, une année on augmentera les cotisations, l'année suivante on fera une régression des prestations, l'année d'après on réaugmentera les cotisations ; on fera les deux à la fois d'ailleurs. Il faut donc trouver des formules d'assurance et de distribution de soins plus économes et plus performantes. Pas celles des assurances complémentaires qui instaurent un système de double marché, système extrêmement pervers sur le plan économique. Isoler le petit risque et le petit risque est une vision tout à fait artificielle. Et puis si vous remboursez bien les soins lourds, vous dérivez la demande vers ce type de soins. Enfin, vous découragez l'effort de préventions.

Si on veut soigner autant en dépensant moins, c'est un grand défi. Et là il n'y a pas d'autres moyens que de faire confiance aux mécanismes de la concurrence, à l'initiative, à l'expérimentation de formules plus efficaces, plus économes. De ce point de vue, les médecins libéraux sont bien placés pour découvrir, en s'auto-organisant, des formules meilleures de distribution des soins.

Vous y croyez vraiment ? Les médecins vous semblent réellement bien organisés ?

Je ne dis pas que les médecins savent bien s'organiser entre eux. Je dis qu'il existe chez les médecins des entrepreneurs de la médecine et que ceux là, même s'ils sont minoritaires -cela n'a aucune importance- expérimentent, se trompent parfois, mais finissent par créer des systèmes plus efficaces. Tout cela suppose pour ma part un certain nombre de précautions car il n'est pas question de remettre en cause la solidarité entre les Français. Il faut donc que la concurrence s'exerce dans un cadre très rigoureux. Il faut que la solidarité demeure, que les prestations soient au moins égales à celles de maintenant et qu'on interdise la sélection du risque. Il faut de nouvelles Caisses d'assurance qui peuvent se conventionner indifféremment avec des médecins libéraux, avec des associations de médecins libéraux, avec des hôpitaux, des cliniques. Bref, qu'on leur laisse faire un peu leur expérimentation. Certaines expériences étrangères, bien qu'elles ne soient pas à calquer, montrent quand même la fécondité de l'expérimentation, Caisses publiques et privées peuvent très bien coexister.

Par ailleurs, je trouve que c'est aussi du côté des réseaux de soins coordonnés que se trouve, sinon la solution de notre système de protection sociale, du moins un secteur de protection test qui permet de découvrir un certain nombre de coûts. Même si ces réseaux ne peuvent pas être généralisés, ils auront au moins cette vertu de test.

Et le niveau de vie des médecins dans tout cela ? Leur avenir ?

Je trahirais mes idées libérales en exprimant mes idées personnelles. Mon problème n'est pas de dire où les médecins vont aller, où ils doivent aller. Mon problème est de leur donner la liberté nécessaire qui leur permette d'aller vers où ils veulent aller et vers où il est bon qu'ils aillent compte tenu de la demande de protection sociale en France.

Peut-on aller jusqu'à inclure dans la protection sociale les médecines parallèles ? Le combat que livre les médecins qui y sont attachés n'est-il pas comparable au combat que vous menez pour l'école libre ?

Honnêtement je ne sais pas. Je suis très méfiant. Je suis pour l'école libre mais pas pour que n'importe quoi se fasse à l'intérieur de ces écoles. Je crois au savoir médical. Alors, que de ce savoir puissent découler de nouvelles pratiques, d'accord. Mais sous le contrôle de la science.

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