La révolte des infirmiers libéraux


La France compte 54 000 infirmiers libéraux. Il y a dix ans, il y en avait 38 900. Accusés de participer à la dérive des dépenses de santé par le Gouvernement, ils réclament une meilleure prise en compte de leurs missions et surtout une plus grande reconnaissance par les pouvoirs publics.

Le statut de l’infirmier est reconnu dans le code de la santé public depuis 1971. Il a fait l’objet en 1993 d’un décret de compétences répertoriant 31 actes que l’infirmier peut accomplir sans avis médical. La profession reconnaît que ce décret doit être modifié compte tenu de l’obsolescence de certains actes. Les infirmiers considèrent néanmoins qu’à travers ce décret le Gouvernement tente de limiter les domaines de compétences propres et prépare une dévalorisation des fonctions.

Les infirmières et les infirmiers, autrefois simples auxiliaires, remplissent des missions de plus en plus complexes. Dans les hôpitaux, ils doivent palier aux manques d’internes. En professions libérales, ils doivent faire face au développement de la dépendance.

Les infirmiers ont dû supporter une augmentation importante de leurs coûts avec l’envolée des cours du pétrole. A la différence des transporteurs routiers, les infirmiers n’ont pas de compensation.

Dans ces conditions, les infirmiers n’ont pas compris la volonté de la CNAM et du Gouvernement de les pénaliser à travers une remise en cause de la tarification de leurs actes. Cette incompréhension est d’autant plus forte que les infirmiers libéraux participent pour à peine 15 milliards de francs aux dépenses de santé qui s’élèvent à plus de 670 milliards de francs.



UN MALAISE PROFOND

Le malaise est né cet été avec le projet de baisse de certains tarifs élaboré par la CNAM pour corriger l’évolution des dépenses de la profession évaluée à 7,5 % sur le premier semestre. Le Gouvernement a rejeté ce plan d’économie mais a élaboré un plan de réforme de la prise en charge des soins infirmiers dispensés aux personnes âgées dépendantes, une des principales ressources des infirmiers. Ce plan appelé « projet de soins infirmiers (PSI) », négocié avec la Fédération nationale des Infirmières (FNI, syndicat majoritaire) est rejeté par les quatre organisations minoritaires regroupées au sein d’un collectif dénommé « Convergence Infirmière ». La grande majorité des infirmiers sur le terrain rejette le PSI et semble se ranger derrière le collectif.

Sont contestés les points suivants :

En vertu de l’accord, le temps passé par les infirmiers à assister les personnes âgées invalides à s’habiller, à faire leur toilette, à préparer leur repas ne sera plus rémunéré. En contrepartie, les infirmiers pourront établir des plans de soins et même proposer des prescriptions d’actes. Cet accord a avant tout un objectif budgétaire en effectuant un transfert de la CNAM au détriment des départements et des personnes âgées. En effet, les actes effectués par les infirmiers seront désormais effectués par des auxiliaires de vie.

Le Groupe Démocratie Libérale s’oppose à la non rémunération du temps passé par les infirmiers à assister les personnes âgées invalides à s’habiller, à faire leur toilette, à préparer leur repas. La prise en charge des soins infirmiers dispensés aux
personnes âgées dépendantes est l’une des principales sources de revenu de la profession.



CRISE DANS LES HOPITAUX

Public/privé
Un manque de persobnnel - Dans l’ensemble du secteur hospitalier public et privé, il manquerait entre 15 000 et 20 000 infirmiers, et cela avant même l’entrée en vigueur des 35 heures. Dans les cliniques, 6000 à 8000 postes seraient vacants. Face àcette pénurie, le Gouvernement a accepté bien tardivement de relever les quotas de 43 % mais les places n’auraient été pourvus qu’à hauteur des deux tiers.

Inégalités entre le secteur public et privé - Le différentiel résulte essentiellement de l’importance des charges salariales dans le privé. Il conviendrait donc de baisser ces charges afin de réajuster les grilles salariales dans le secteur privé.

Le projet de décret sur le statut des infirmiers crée des turbulences des hôpitaux. En effet, les infirmiers coincés entre les aides-soignants et les médecins considèrent que le Gouvernement ne prend pas suffisamment en compte les spécificités de leur profession. L’article du projet de décret concernant les infirmiers de bloc opératoire diplômés d’Etat et celui en faveur des infirmiers anesthésistes qui pourraient se voir attribuer des compétences jadis dévolues aux médecins anesthésistes ne rassurent pas complètement la profession.


DL auprès des infirmiers libéraux

La fédération DL Gironde (33) a lancé une pétition contre le Plan Social Infirmiers présenté par Martine Aubry.

Dans un communiqué daté du 17 juillet dernier, la fédération accuse le Gouvernement de ne pas prendre en compte la préoccupation sociale: "Après les 35 heures, c'est vers une disposition tout aussi critiquable que Martine Aubry s'oriente. En proposant son Plan Social Infirmiers, la ministre de la Santé s'attaque au plus grand hôpital de soins à domicile (ex: 17,50 F la piqûre, 42,90 F les soins et la toilette) pour mettre en place un système moins qualifié, moins souple et plus onéreux. La préoccupation sociale n'est pas prise en compte puisque les personnes dépendantes seront exclues du nouveau dispositif."

"Suite à la mise en place prochaine du Projet de Soins Infirmiers (PSI) paru au journal Officiel du 20 avril 2000. Ce projet de Soins proposé par la Fédération Nationale des Infirmiers, définit un état dit "stabilisé" de la dépendance des personnes âgées et handicapées en perte d'autonomie.
Ce concept, s'il est appliqué sera lourd de conséquences sur la qualité de la prise en charge de ces personnes, induisant ainsi un lourd problème de Santé Publique.
En effet ces soins seront effectués par des personnels non compétents (auxiliaires de vie, tierce personne ou famille ).
Conséquences financières : pas de remboursements par l'assurance maladie pour ces personnels non qualifiés. En effet ces derniers seront rémunérés par la personne âgée, sa famille ou la solidarité.
Nous assistons à un désengagement important de l'assurance maladie envers les personnes dépendantes, qui concerne 400 000 malades.
Ces soins représentent 70% du volume des actes pratiqués par les infirmiers libéraux sur le territoire national.
Ce PSI entraînera la faillite d'un grand nombre d'infirmiers libéraux (20 000). Déjà, les infirmiers ont été les professionnels de santé les plus touchés par la politique de maîtrise des dépenses de santé (quota d'actes, sanctions, reversements financiers aux caisses, difficultés importantes à trouver des remplaçants). "

Extrait du communiqué de presse de l'Organisation Nationale des Syndicats d'Infirmiers Libéraux

A lire :
La profession infirmière en mutation
Eléments de réflexion à partir d’exemples européens

- n°33, série analyses, octobre 2000 Document en ligne
- Rapport du CREDES n° 1318 - Octobre 2000 A commander

 

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