Le passeur d'univers
Un engagement pour la vie

Jean-François MATTEI
Ed. Calmann-Lévy

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Jean-François MATTEI, professeur de pédiatrie et de génétique, retrace dans cet essai les formidables progrès réalisés par la médecine et la génétique ces dernières années dans une démarche prospective.
Ces progrès sont si considérables et ouvrent de tels horizons à l'humanité dans un futur proche qu'il nous faut dès maintenant penser à ce que produiront ces nouvelles technologies demain.
Non pas par curiosité futuriste ni velléité d'agiter des scénario catastrophes selon lesquels nous sommes en train de devenir des apprentis-sorciers...

Mais pour faire une pause et déterminer, en toute responsabilité, ce que nous devons faire de ces nouveaux savoirs.
De l'émergence de la médecine foetale à la question des transplantations d'organes, voire des xénotransplantations (transplantation d'organes animaux), de la fécondation in vitro au clonage, le champ des possibles nous invite à poser de nouveaux repères : il n'est pas question de mettre un frein aux progrès de la science, mais de déterminer les objectifs que nous poursuivons dans nos recherches, et quels seront demain les critères nouveaux qui gouverneront ces pratiques nouvelles.
Confiant dans l'homme, Jean-François MATTEI le place avec optimisme face à ces responsabilités.

C'est dans cette notion de responsabilité que le député DL des Bouches-du-Rhöne fait le lien avec son engagement politique et sa foi dans le libéralisme. Nous devons penser le monde en responsables de nous-mêmes sans méconnaître le droit de l'autre ; en cela, le libéralisme est un humanisme puisqu'il place l'homme devant le défi de sa propre liberté.
Cette liberté nous rend responsables : responsables de déterminer des repères pour notre futur et de faire émerger, face aux transformations de notre monde, une nouvelle éthique.

 

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Extraits



"Jamais l'homme n'a été aussi puissant (...).
Maintenant, avec Internet, nous sommes bien, sur ce sujet, au coeur de la révolution scientifique et technologique. L'invention d'Internet est de même nature que l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, qui s'est heurté à bien des incompréhensions. "Qu'est-ce que c'est que cette invention ? C'est pour les rares privilégiés, quelques nantis qui saavent lire." L'imprimerie a permis de mettre la culture à la portée de tous. Fac à l'arrivée d'Internet, on a le même réflexe, le même raisonnement. Ceux qui ont l'esprit un peu moins souple, qui sont capbles d'un peu moins s'émerveiller, font de la réticence, de la résistance; tant pis pour eux. Mais les autres, ceux qui ont moins de cinquante ans aujourd'hui, ne pourront pas terminer leur vie professionnelle sans utiliser Internet dont le taux de pénétration et l'augmentation d'utilisateurs croissent à une vitesse vertigineuse." (p. 43)
 

"Qu'est-ce que l'éthique ? Pour moi, un questionnement. C'est-à-dire la recherche de la meilleure attitude, du comportement le plus adapté, du choix le plus judicieux face à de nouvelles situations, telles qu'on les rencontre presque chaque jour, au fil des avancées de la science...Je fais faire une comparaison qui risque d'irriter les esprits rigoureux, mais qu'ils y réfléchissent à deux fois avant de la rejeter. Je dirais, j'ose dire, que la morale est comme une boîte dont les outils - les principes - seraient soigneusement rangés dans un coin de notre esprit. On ne les utilise qu'en cas de nécessité. Une fuite ou un court-circuit ? Après s'être interrogé pour tenter de comprendre ce qui s'est passé, on va chercher sa boîte à outils pour essayer de réparer. Lorsqu'on se questionne sur la réponse à apporter face à de nouvelles situations, on doit chercher dans sa boîte à outils les réponses qui y sont rangées. Comme si le cheminement éthique était une réactualisation de nos principes moraux, que nous remettrions en quelque sorte en service. Quand il n'y a rien à réparer, on ne va pas chercher ses outils. Quand on ne se pose pas de questions, on n'a pas à aller chercher dans ses principes." (p. 52)

"Confrontés à de nouvelles connaissances, nous voici contraints d'exercer de nouveaux choix; chaque jour, un nouveau domaine de l'action s'ouvre à la question du devoir. Que dois-je faire? Comment me comporter pour être et rester un homme ? En éthique, la nouveauté ne va pas de soi car l'homme, lui, ne varie pas avec le temps. C'est pourquoi, bousculé, déstabilisé par ses propres découvertes, d'autant plus fragile que jamais il n'a été aussi puissant, le voici contraint de poser des repères éthiques dont l'identification se résume au vide. Jamais encore la question de la maîtrise de l'homme à venir, notamment au travers du génie génétique, ne nous avaient effleurés, si ce n'est à la lecture d'ouvrages de science-fiction. Insémination artificielle, manipulation génétique, transformation radicale de l'espèce humaine... Tout cela semblait du domaine de rares savants fous, eux-mêmes nés de l'imagerie débridée de quelques écrivains prolixes. Mais pas du tout ! Voici que nous y sommes, que tout cela "est", à la portée de chaque être humain ! Et les éthiques antérieures ne peuvent nous être d'aucune aide, qui 'ont jamais formulé de telles questions.
Or, les progrès scientifiques sont tels qu'ils nous placent tous, un jour ou l'autre, face à des situations qui demandent une décision que la morale d'hier n'aurait même pas eu à désapprouver, car le problème n'existait pas. Aujourd'hui, tout est possible, l'homme a en main ces clés que sont les connaissances et leurs applications : à lui de choisir. A ceci près que les progrès sont tels, et tellement rapides, que la société doit construire de nouveaux repères si elle ne veut pas se laisser bousculer par les applications - hier encore impensables, aujourd'hui évidentes - de la science. L'éthique s'impose comme une préoccupation majeure dans la quasi totalité des secteurs d'activités humaines, car l'homme s'interroge sur le bien-fondé de ce qu'il fait, du système dans lequel il est." (p. 59-60)

"Nous sommes à l'orée d'une ère nouvelle. L'homme repousse les limites de son intervention, il lui est bientôt nécessaire de repousser également celles de l'interdit et de la transgression. Et je suis totalement stupéfait de la rapidité des progrès, du décalage qu'il y a entre la réalité scientifique, entre les potentialités médicales d'une part et l'évolution de l'opinion publique d'autre part. Il y a une sorte de débat entre la raison et la passion.
Aujourd'hui, quand on parle d'embryon, l'imaginaire populaire aperçoit un nouveau-né en miniature à croupetons au font d'une bouteille. Imaginer qu'on puisse congeler ou faire des expériences sur cette structure à visage humain paraît épouvantable. Quand on réalise qu'il ne s'agit que de quelques cellules qui flottent au fond d'un tube, cela devient acceptable. Il n'en demeure pas moins que c'est l'essence même de la vie qui est en cause. L'homme peut-il s'aventurer dans ce domaine, Dans une situation quelque peu difficile, face à un choix délicat, la conscience d'aujourd'hui, de ce que l'homme est, de ce qu'il peut devenir, est mise à l'épreuve." (p:173-174)

"On se préoccupe toujours de ce qui se passe dans son champ de vision et dans sa tranche de vie, mais si on veut réfléchir dans un plan large, il est évident que depuis son apparition, l'humanité a progressé. Ce pourquoi, globalement, j'ai plutôt confiance en l'homme. (...)" (p.195)

"Faire confiance ne signifie pas ignorer les repères qui doivent être bien balisés. C'est cela, en résumé, ma philosophie profonde. Je suis un optimiste et ne peut ne pas l'être." (p. 196)

"L'homme naît libre. Il doit pouvoir diriger sa vie librement avec le moins de contraintes possibles. Entreprendre, travailler, recueillir le fruit de ses efforts, la récompense de ses initiatives, je pense que c'est là le fondement de la personne. Nous sommes dignes parce que nous sommes libres et responsables, mais cette liberté qui s'exprime en termes de droit, droit d'entreprendre, droit d'initiative, ne peut méconnaître la liberté de l'autre, le droit de l'autre. La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres, cela peut faire cliché, qu'importe, on ne le répétera jamais assez, il faut que chaque individu en soit intimement convaincu.(...)
A mes yeux, le libéralisme est d'abord un humanisme, parce qu'il place l'homme devant le défi de sa propre liberté. Dès lors, il doit se diriger conformément à l'idée qu'il se fait, de lui-même et des autres, et du sens qu'il veut donner à sa vie. Rien n'est plus difficile à mes yeux que cette double confrontation permanente avec sa conscience et celle des autres. Rien ne rend plus humble que d'être totalement responsable de ce que l'on fait et d'admettre en même temps que l'on n'est rien sans les autres." (p.197)

"Pour moi, la politique est davantage une philosophie qu'un parti pris et ma philosophie est devenue progressivement libérale au sens étymologique et vraiment plein du terme, parce que c'est, à mes yeux, le véritable humanisme." (p. 198). 
 



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Un engagement pour la vie

Jean-François MATTEI
Ed. Calmann-lévy, 2000, 110F

 

 

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