REFLEXIONS ET DOCUMENT DE TRAVAIL

Présenté par Alain Madelin

UN PLAN ORSEC POUR LA JUSTICE

Démocratie Libérale

Les débats de l’Alternance
 

La sécurité : enjeu public n°1 des Français


 
LE CONSTAT 

L’Etat n’a plus aujourd’hui les moyens de traiter la délinquance et de faire respecter la loi pénale. 
On assiste impuissant à une sorte de gigantesque embouteillage de la Justice.

Le risque d’être condamné, d’exécuter une peine à la mesure des faits reprochés diminue.

Quand ce risque diminue, la délinquance augmente, en asphyxiant un peu plus la Justice.

Il n’y a pas de solution au problème de la sécurité des Français sans la mise en place préalable d’un plan ORSEC pour la Justice. 

 


 
 
Le grand embouteillage de la justice et des prisons

La délinquance augmente

Derrière les statistiques de la délinquance qui doivent toujours être interprétées avec prudence, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une augmentation des actes de délinquance qui nourrissent le sentiment d’insécurité des français, comme l’insécurité dans les transports publics, la dégradation de bâtiments, les vols avec violence, les agressions et les violences urbaines.
 

En 10 ans, les vols avec violence ont été multipliés par deux. 
Les dégradations de bâtiments privés multipliées par deux. 
Les destructions et dégradations de véhicules privés multipliées par deux. 
Les mineurs impliqués dans les crimes et délits multipliés par deux.

Dans le même temps, le nombre de personnes incarcérées a augmenté de 15%, essentiellement non pas par une augmentation des personnes condamnées mais par allongement des peines. La durée de détention en 1987 était de 3,8 mois, elle est de 8,1 mois en 1999.

Ceci signifie donc proportionnellement que le nombre de personnes condamnées à des peines de prisons a diminué par rapport aux délits constatés.


Les mineurs délinquants sont de plus en plus nombreux, de plus en plus jeunes, et les actes de délinquance de plus en plus graves.

La délinquance juvénile a une triple caractéristique : elle est plus nombreuse et plus visible puisqu’il s’agit souvent d’une délinquance de rue. Elle est plus violente (il y a 10 ou 15 ans la délinquance se dirigeait à 90% contre les biens et non contre les personnes. Aujourd’hui la proportion s’est inversée). Enfin, elle est plus jeune. Hier, 14 à 16 ans, maintenant 12 à 14 ans, sinon 8 à 10 ans.

En 1998, le nombre des mineurs mis en cause à l’occasion de crimes ou délits (171 787 personnes) s’est accru de 11,23% par rapport à l’année 1997. Il en va de même pour ce qui concerne leur part dans le total des mis en cause : celle-ci s’établit à 21,77% en 1998, contre 19,37% en 1997.

A eux seuls les mineurs sont responsables de plus d’un tiers de la délinquance sur voie publique. Un quart des vols à main armées, et la moitié des vols avec violence.
 

Notre système pénitentiaire affiche complet et même plus que complet

Au 1er juillet 1999, il y avait 57 844 détenus dans les 187 établissements pénitentiaires français, pour 49 593 places. Le taux de suroccupation atteint même 200% dans certains maisons d’arrêts.
 

Au 1er juillet 1998 : 187 établissements pénitentiaires, 50 104 places pour 57 458 détenus.

Au 1er juillet 1999 : 187 établissements pénitentiaires : 49 593 places, 57844 détenus

La densité de population carcérale (DPC), c’est-à-dire le nombre de détenus par rapport au nombre de places disponibles, s’élève à 118%. Ce qui signifie qu’il y a, en moyenne, aujourd’hui 118 détenus pour 100 places dans les prisons.

C’est surtout dans les maisons d’arrêt (prévenus et condamnés à une peine inférieure à un an) que se pose le problème de la sur-population, avec une DPC de 132% (contre 91% dans les établissements pour peine). 44 maisons d’arrêt ont une densité comprise entre 150 et 200%. Pour 12 maisons d’arrêt, elle dépasse les 200%, soit « une place pour deux » détenus.

Certains établissements pour peines sont, eux aussi, en sur-population : 116%  pour le centre de détention de Perpignan, 110% pour celui de Lorient, 105,5% pour celui de Liancourt ou encore 103% pour celui de Draguignan.

En Outre mer, les chiffres sont encore plus inquiétant : la densité carcérale atteint 127%.  La maison centrale de Nouméa atteint un taux 345% !
 

  • 187 établissements 
- 119 maisons d’arrêt (prévenus et condamnés dont le reliquat de peine est inférieur à un an) .
- 25 centres de détention (accueillant des condamnés considérés comme présentant les meilleures perspectives de réinsertion) .
- 24 centres pénitentiaires (établissements mixtes comportant à la fois un quartier « maison d’arrêt » et un quartier « maison centrale » ou « centre de détention » pour prévenu ou condamné à de courtes ou longues peines) .
- 6 maisons centrales (recevant les condamnés les plus difficiles. Régime de détention axé essentiellement sur la sécurité).
- 12 centres autonomes de semi-liberté  (condamnés admis au régime de semi-liberté, avec travail, formation, traitement médical et qui sont astreints à rejoindre l’établissement pénitentiaire dès cessation de l’activité) .
- Et 1 établissement hospitalier pénitentiaire à Fresnes.
 
  • 49 593 places dont :
- 30 128 en quartiers maisons d’arrêt ;
- 14 425 en quartiers centres de détentions ;
- 2 742 en quartiers maisons centrales ;
- 1 339 en quartiers semi-liberté ;
- 601 en centres de semi-liberté autonomes ;
- 358 en hôpital.
 
  • 57 844 détenus , 37 701 condamnés, 20 143 prévenus.
Le 27 juillet dernier, la garde des sceaux a annoncé une nouvelle fois la construction de 6 prisons. Déjà annoncée, prévue et engagée sous le gouvernement Balladur lors du lancement du plan pluriannuel pour la justice, ce programme est insuffisant compte tenu du surnombre de détenus évalué aujourd’hui à 8 000.

Dans la suite du programme « 13000 » (1987-1991), le programme engagé sous le gouvernement Balladur par la loi du 6 janvier 1995, programme « 4000 » (1995-1999), comportait trois volets. Sur 6 ans, 3 milliards ont été alloués à la construction de nouveaux établissements.

- La construction de deux maisons centrales à effectifs réduits (120 places) d’un coût de 220 millions de francs. Leur mise en service prévue en 1998 a été repoussée à l’an 2000.

- La construction de 4000 places de détention (1,9 milliards).

Les maisons d’arrêt de Lille (645 places), de Toulouse (605 places) et le centre pénitentiaire Le Pontet (610 places) ne pourront entrer en service qu’en 2002. Quant aux trois autres établissements - le centre pénitentiaire de Liancourt (600 places), les maisons d’arrêt de Meaux (600 places) et de Toulon (600 places) - leur mise en service est prévue en 2003.

Le budget 2000 consacre 150 millions de francs pour financer le solde des opérations prévues par la loi de programme 1995.

- La construction de 1200 places de centre de semi-liberté. D’un coût de 200 millions de francs, cette réalisation devrait s’échelonner entre 1998 et 2000 à un rythme dépendant de celui des acquisitions des terrains ou des immeubles nécessaires à leur création.


La programmation de la rénovation des prisons existantes et de la construction de prisons nouvelles est très en deçà des besoins réels.

 

590 millions de francs d’autorisation de programme sont prévus dans le projet de loi de finances pour l’an 2000. (150 millions de francs serviront à financer le solde des opérations prévues par la loi de programme; 200 millions de francs pour l’entretien des établissements pénitentiaires; 50 millions de francs pour la rénovation de 5 établissements : Fleury-Mérogis, Fresnes, La Santé, les Baumettes et Loos; 70 millions de francs pour la rénovation d’autres établissements du parc; 70 millions de francs pour financer la réalisation de trois ou quatre nouveaux établissements dans le cadre d’un nouveau programme pluri-annuel; 30 millions pour la rénovation des 53 quartiers pour mineurs existants et la construction de quatre nouveaux quartiers; 20 millions de francs pour financer la construction d’un quatrième centre pour peines aménagées.


Les peines de prison sont exécutées de manière très variable, au point que l’on doit s’inquiéter d’une véritable inégalité devant l’exécution des sanctions prononcées : ainsi les condamnations à moins de 6 mois de prison ferme par le Tribunal de Grande Instance de Lyon ne sont jamais exécutées en l’état.

Dans des conditions de détention humainement inacceptables

Les conditions de vie des détenus dans des prisons sur-peuplées souvent insalubres, avec une prise en charge sanitaire déplorable, sont indignes d’un pays comme la France.
 

A la maison d’arrêt de Fleury Mérogis, le plus grand pôle pénitentiaire d’Europe avec 3500 détenus, on compte un médecin pour 600 prisonniers. Vingt fois plus de malades du sida et deux fois plus d’épileptiques que dans la population générale, 70% d’états bucco-dentaires désastreux, près d’une personne sur deux souffrant de pathologies dermatologiques.

Le récent rapport de Pierre Pradier, sur la santé dans les établissements pénitentiaires en France, condamne le « désastre psychiatrique des prisons françaises dans lesquelles se trouvent aujourd’hui une quantité considérable et indue de malades mentaux ». L’ancien président de Médecins du Monde souligne par ailleurs l’augmentation croissante du nombre de suicides et l’apparition de nouvelles pathologies liées au vieillissement de la population carcérale.


Sur les 187 établissements que comprend le parc pénitentiaire, 146 établissements sont dans un état de vétusté et de dégradation inquiétant. Seulement 55 établissements, hors centre de semi-liberté, satisfont aux normes actuelles de détention, pour 52% de la capacité totale du parc.

 

« Deux fois par semaine seulement, on se rend par groupe de quinze pour prendre une douche à tour de rôle. Le temps réglementaire est fixé à douze minutes par l’administration. Comme il n’y a que sept places, les premiers ont la chance de pouvoir se laver à l’eau chaude. Et les suivants ont juste le temps de se tremper à l’eau froide. Les conditions sanitaires sont insalubres, avec des murs recouverts d’une épaisse couche de graisse ou de mousse verte : on se lave en gardant ses sandalettes, pour éviter les mycoses. De plus, l’eau est tellement calcaire que l’on se gratte partout une fois revenu en cellule. La puanteur, surtout en été, s’installe rapidement dans les cellules des moins débrouillards qui n’auront pu se procurer un peu d’Ajax. Les draps changés une seule fois par mois, les toilettes bouchés de longs jours durant, la « gamelle » qui arrive froide une fois sur deux »
(Philippe Delaval, ancien détenu de Fleury Mérogis).


Les atteintes aux droits de l’homme, les violences sont le lot quotidien de notre système carcéral.

  • Depuis le début de l’année 1999, 114 détenus ont mis fin à leur jours en France. Ce qui constitue un suicide tous les trois jours. Les suicides, dont le nombre va en augmentant, constituent la première cause de mortalité en prison. Ils interviennent la plupart du temps dans la suite immédiate de l’incarcération ou d’un placement en quartier disciplinaire.
  • Les conditions d’incarcération des jeunes sont telles que la prison constitue souvent un facteur criminogène aggravant et un facteur supplémentaire de destructuration du mineur, et que dans ces conditions, on hésite légitimement devant l’incarcération des jeunes.
  • Les phénomènes de violence vont croissant. Racket, bizutage, caïdat. Certains mineurs sont tellement terrorisés par ce climat de violence qu’ils n’osent plus sortir de cellule.
Un groupe de médecins et d’enseignants ainsi que la juge d’application des peines ont dressé un tableau apocalyptique des conditions dans lesquelles vivent les 365 jeunes détenus de 13 à 21 ans au centre de Fleury Mérogis : « Quotidiennement, des traces de coups, hématomes, ecchymoses, plaies par lames de rasoir sont constatés. La plupart des agressions se produisent dans la cour de promenade où les surveillants ne pénètrent jamais : l’endroit est considéré comme trop dangereux. De nombreux détenus sont terrorisés et se replient sur eux-mêmes, certains cessent d’aller à l’école, au travail dans les ateliers, voire au parloir ».

Même les juges rechignent aujourd’hui à incarcérer leurs « clients » au Centre de Jeune détenus de Fleury : « Je réfléchis à deux fois avant d’envoyer un jeune là-bas car j’ai le sentiment de le mettre en danger, surtout s’il s’agit de quelqu’un de fragile. C’est quand même aberrant d’en arriver là » déclare Jean-Pierre Bouchet, juge pour enfants au tribunal d’Evry. C’est aussi le constat d’Alain Vogelweith : « Ce centre est devenu ingérable. L’administration semble avoir plus de mal à faire régner la discipline chez les mineurs que chez les adultes ».


 

Trop de plaintes sont classées sans suite

Le rapport de la commission des finances du Sénat sur « les infractions classées sans suite » dont le Sénateur Hubert Haenel a été le rapporteur est particulièrement édifiant.

Quelques constats extraits de ce rapport :

-  Au cours de la dernière décennie, le taux de classement sans suite a fortement progressé. En effet il s’élevait à 69% en 1987, puis a franchi la barre des 70% à partir du début des années 80, pour atteindre 80% en 1995.

- En 1995, l’ensemble des parquets de France a été destinataire de 2,2 millions de plaintes, dénonciations et procès verbaux relatifs à des crimes, des délits, et aux contraventions les plus graves imputables à des personnes identifiées. 1,450 millions, soit 53% ont fait l’objet d’un classement sans suite. 553 000, soit un peu plus de 25% ont débouché sur un acte de poursuite. (le surplus n’avait pas encore donné lieu à des orientations lorsque les statistiques ont été établies en 1996).

- Ce rapport montre comment si les classements sans suite résultent en principe d’une analyse au cas par cas de chaque situation, il est aussi le moyen de faire face à un trop plein de dossiers. Comme l’a remarqué le procureur général de la Cour d’Appel de Colmar, M. Olivier Dropet, lors de l’audience de rentrée de janvier 1998, «  une situation de cette sorte est perverse, nuisible, et dangereuse. La possibilité de passer à travers les mailles du filet de la répression ne peut qu’encourager les auteurs d’infraction à persévérer dans la voie délictueuse ».

- Pour ce qui est de l’ensemble de la délinquance dite « de voie publique », conglomérat  d’infractions diverses qui représente plus de 56 % de la délinquance totale, le taux de classement est beaucoup plus élevé. Il atteint même 95% pour les affaires de vol aggravé. Il faut à ce égard rappeler que le taux d’élucidation moyen national par les services de police et de gendarmerie, pour l’ensemble des vols et des recels, dépassait à peine 14% pour 1996, 13% pour l’ensemble des destructions et des dégradations de bien, et 10% pour les cambriolages... Or lorsque le Parquet reçoit une plainte contre X qui n’a pu être élucidée par les services de police ou de gendarmerie, il se voit contraint de classer l’affaire.

- Le taux de classement sans suite varie d’un tribunal à un autre. Ainsi dans le ressort de la Cour d’Appel de Toulouse, les 6 Parquets présentaient, en 1995, des taux de classement allant de 51% à Saint-Gaudens à 93% à Toulouse, en passant par 52% à Castres, 62% à Foix, 72% à Albi et 73% Montauban.
 

Les tribunaux sont surchargés

Les parquets sont en sous effectif chronique.

Certains parquets urbains renoncent à des poursuites parce que les délais de jugement s’allongeraient de manière considérable.

Les capacités de jugement et d’instruction du Tribunal de Grande Instance sont insuffisantes.
 

A Nantes, 164 dossiers concernant des infractions graves ont pris un tel retard qu’ils risquent d’échapper à la justice, touchés aujourd’hui par la prescription. C’est l’équivalent d’un trimestre d’activité pénale qui risque purement et simplement de passer à la trappe.


Comme l’a remarqué le procureur général de la Cour d’Appel de Colmar (déjà cité) :

 

«  L’impossibilité pour certaines juridictions de jugement, par le manque criant d’effectifs et de moyens, de statuer dans un délai raisonnable, et dans des conditions normales sur l’ensemble des procédures pénales, qu’il serait justifié de leur soumettre ». Pour cette raison, les procureurs de la République sont contraints de classer, sans autre forme de procès, des délits dont les auteurs mériteraient amplement d’être déférés devant le Tribunal. C’est le "classement-au-renoncement", le "classement-résignation". Le procureur n’est plus l’instigateur et l’ordonnateur d’une politique pénale adaptée, il gère des flux et des stocks dans un sens contraire à ses aspirations et à l’intérêt public ; il devient en fait le magasinier de la justice. »


Si les taux d’élucidation s’amélioraient, le parquet, puis le siège, seraient dans l’incapacité, faute de moyens, de prendre des décisions dans des délais raisonnables.

Le parquet n’a pas intérêt à poursuivre, car il sait que l’affaire ne sera pas jugée avant des mois, voire des années

Quant au juge du siège, même s’il apporte une réponse dans un délai raisonnable à l’affaire dont il est saisit, il sait que l’exécution du jugement est très incertaine (ajoutons qu’il connaît aussi l’inadaptation des établissements pénitenciers à l’incarcération de jeunes).

Comme l’a noté le rapport budgétaire sur la Justice concernant le budget 2000, « le délai de réponse pénale augmente pour toutes les condamnations ». Le nombre d’affaires transmises par les Parquets au juge des enfants est en augmentation de 12%.
 

On manque de places et de structures adaptées pour les mineurs

L’insuffisance de moyens des services de la protection judiciaire de la jeunesse conduit à ne pas traiter réellement toute une série d’infractions dont les auteurs identifiés sont des mineurs. Ce qui remet en cause l’utilité du travail en amont des services d’enquêtes (gendarmerie, police), du parquet des mineurs, et du juge pour enfant dans la mesure ou aucune suite concrète n’est donnée à l’infraction commise, constatée et traitée.
 

A Marseille, il y a quelques semaines une affaire édifiante : deux jeunes de 15 ans qui avaient agressé et volé en moins d’une heure trois dames âgées ont été libérés faute de place dans les foyers d’accueil. La police a protesté.

A Marseille, il y a quelques semaines une affaire édifiante : deux jeunes de 15 ans qui avaient agressé et volé en moins d’une heure trois dames âgées ont été libérés faute de place dans les foyers d’accueil. La police a protesté.

On n’a pas les moyens de traiter le cas des multirécidivistes.

Un effort a été annoncé, certes, mais il n’est pas à la hauteur des besoins.
 

- Les centres de placement immédiat strictement contrôlés (CPI), 10 places par centre. Le gouvernement avait annoncé 50 centres d’ici 2001 dont 15 d’ici fin 1999. En réalité, seulement 2 centres ont été créés, tandis que 13 foyers déjà existants ont été chargés de se transformer en CPI.

- Les centres éducatifs renforcés (CER), entre 5 et 7 places par centre. Le gouvernement avait annoncé la création de 100 centres d’ici fin 2000, mais seuls 15 CER sont en activité.


Au surplus, le modèle de ces centres qui avait fait l’objet d’une polémique entre le Garde des Sceaux et le Ministère de l’Intérieur ne répond pas à la diversité des situations rencontrées et des réponses qu’il serait nécessaire d’apporter.

La réhabilitation des quartiers de mineurs tarde à voir le jour, alors que le nombre de détenus a doublé en cinq ans. En juin 1998, le gouvernement Jospin s’est engagé à créer des petites unités, des quartiers pour mineurs de 20 à 25 places dans toutes les prisons....d’Ile de France.
 
 
Résultat : l’impunité augmente,
et cette augmentation nourrit l’augmentation de la délinquance

Le cercle vicieux de la délinquance
 

Pour que la délinquance recule, il faut qu’une infraction soit suivie d’arrestation, puis d’une punition proportionnée à sa gravité, dans des proportions statistiques raisonnables. On en est très loin.
La délinquance augmente à proportion que diminue le risque d’être arrêté, le risque d’être condamné, et le cas échéant, le risque d’exécuter une peine à la mesure des faits reprochés.

Comme le montrent les statistiques d’augmentation de la délinquance et le grand embouteillage de la justice, ce risque aujourd’hui diminue. En conséquence, la délinquance augmente, asphyxiant un peu plus la Justice et compliquant davantage le problème.


C’est pourquoi il y a besoin d’une nouvelle approche des problèmes de sécurité et de Justice.

Dans l’approche traditionnelle, il est convenu de parler  des  insuffisances du déploiement des forces de police sur le terrain; des insuffisances de la prévention et de la répression, voire d’un laxisme supposé de la Justice, ou encore des lacunes dans l’application des textes sur la délinquance des mineurs, voire les lacunes des textes eux-mêmes.

Ces problèmes sont bien réels.

Dans cette nouvelle approche, nous proposons, de traiter d’abord en priorité, les problèmes d’embouteillage de notre Justice, de la misère de nos prisons, et de l’inadaptation et de l’insuffisance des établissements pour mineurs.

En effet, imaginons que demain la délinquance soit davantage sanctionnée à la suite d’un redéploiement des forces de police sur le terrain, d’un meilleur suivi des plaintes et un plus grand taux d’élucidation, de moyens nouveaux donnés à la justice pour prononcer des sanctions, on se heurterait à un problème insoluble en l’état actuel des choses : les prisons affichent complet avec les conditions de vie des détenus que l’on sait. Les établissements pour mineurs (foyers, CPI, CER, FAE) affichent complet et sont insuffisamment diversifiés et adaptés aux mineurs. Résultat : on n’aurait pas apporté de solution, on aurait aggravé le problème.

Comme l’a noté le secrétaire général de l’Union Syndicale de la Magistrature, Valéry Turcey :
 

« Les tribunaux correctionnels peinent à juger les quelques 420 000 affaires qui leur sont soumises chaque année. Que serait-ce, si les deux millions de procès verbaux annuels concernant des faits dont l’auteur est identifié, déferlaient, comme un raz de marée, devant les juridictions françaises ? »


Tout se passe en effet comme si police et Justice adaptaient les sanctions aux moyens dont ils disposaient et non aux exigences d’une bonne politique pénale.

Il en résulte :

- une dévaluation en cascade de la Justice et du droit. Les petits délits se voient baptisés « incivilités » ou « indélicatesses ». Les quartiers de non droit sont appelés « quartiers de moindre droit ».

- une défiance vis-à-vis de la Justice. Trop de victimes ont le sentiment que le classement réel ou supposé d’une infraction dont elles ont été victimes est scandaleux, inadmissible, alors que lorsqu’elles sont prises pour défaut de ceinture ou de stationnement interdit, elles sont immédiatement sanctionnées.

- Un découragement fréquent des services de police. Les services de police et de gendarmerie sont peu incités à recueillir les plaintes et àélucider les affaires, car ils savent que ces dernières vont être classées sans suite.
 
 
Un plan ORSEC pour la Justice

  • Désengorger les Tribunaux. Améliorer le fonctionnement de la Justice
C’est là une affaire de moyens et pour une part aussi affaire de modification des procédures (traitement en temps réel, modes alternatifs de résolution des conflits, extension de la procédure simplifiée, introduction de l’ordonnance pénale, dépénalisation de certaines infractions).
  • Développer une justice économique et financière spécialisée.
Pour qu’un ordre social soit respecté, il doit être respectable. Or aujourd’hui, beaucoup de Français ont le sentiment qu’il y a deux poids deux mesures; C’est pourquoi il est important que l’on se donne les moyens pour que les actes de corruptions et tous les grands scandales soient poursuivis et sanctionnés.
  • Humaniser les prisons et augmenter le nombre d’établissements et le nombre de places disponibles
Nous avons besoin de profondes réformes pour humaniser les prisons et d’un programme plus ambitieux d’extension et de rénovation des prisons.

Contrôler
- Un contrôle externe des prisons ; soit en intégrant l’Administration Pénitentiaire dans le champ de compétence de la future Commission nationale de déontologie de la sécurité (CDNS), ce qu’a refusé de faire Elisabeth Guigou, soit en créant une autorité externe et indépendante de contrôle des prisons.

Humaniser
- Implanter des unités de visite familiale (UVF)
- Améliorer les conditions des mères de famille détenues
- Tenir compte des problèmes de familles de détenus et des enfants.
-Développer l’aménagement des peines. Permission de sortir, affectation en chantier extérieur. Semi-liberté, bracelet de contrôle électronique.
- Mieux accompagner la sortie de prison et la réinsertion.
- Accélérer le programme de modernisation et d’humanisation des prisons existantes.

Programmer
En sus de ce qui est déjà programmé, engager un nouveau programme de 12 000 places.

  • Assurer une meilleure prise en charge des mineurs. Une prise en charge diversifiée pour les mineurs. Développer pour les jeunes une large palette, qui va d’unités en milieu carcéral, centre éducatifs renforcés en milieu fermé ou semi-ouvert, aux centres de placement immédiat, plus ou moins ouvert en fonction de l’âge ou de la gravité des faits reprochés, de la situation du mineurs.
  • Aider les familles à sortir leurs enfants d’un environnement qui risquerait de les faire basculer dans la délinquance en développant un programme d’ouverture d’internats dans le cadre de l’Education Nationale (maisons de l’espoir ou maisons familiales urbaines).


Au total : un programme de 12 milliards

Il n’y a pas de solution au problème de la sécurité sans un effort budgétaire important.

C’est un choix politique. C’est, j’ajoute, un choix libéral que de redéployer le budget de l’Etat vers les vraies missions de l’Etat. Songez que le budget consacré à la justice et à la police - un peu moins de 60 milliards- est chaque année inférieur à l’argent que l’on donne à la SNCF

C’est là un choix fort, mais qui ne représente en réalité que 10% des sommes que l’on s’apprête à consacrer, chaque année, aux 35 heures !
 
 
Le débat : lutter contre la délinquance des mineurs,
question de texte ou question de moyens adaptés ?


S’agissant de la répression de la délinquance des mineurs, la question se pose de savoir si l’on dispose aujourd’hui des moyens juridiques adaptés.

Rappelons la palette des mesures éducatives et des peines susceptibles d’être prononcées à l’égard d’un mineur :

- L’assistance éducative en milieu ouvert (AEMO)
  représente 85% des mesures prononcées par les magistrats. Le mineur reste dans son milieu de vie naturel et est suivi par la PJJ ou le secteur associatif (scolarisation insertion...).

- Les mesures de placement et d’hébergement (provisoire ou définitif) :

  • Foyers d’action éducative (44) : hébergements des jeunes délinquants ou des mineurs en danger. 12 places par foyer ;
  • Centres de placement immédiat (15) : accueil immédiat à tout moment de mineurs en grande difficulté sur une période de 3 à 4 mois. Règlement intérieur. Sont concernés les mineurs de 13 à 18 ans, et exceptionnellement de 10 à 13 ans. 10 places par centre. (le gouvernement prévoit 15 centres en plus cette année) ;
  • Centre éducatif renforcé (16) : exclusivement pour les mineurs délinquants récidivistes pour lesquels les placements antérieurs ont échoué. Pris en charge de 3 à 6 mois. Principe : 1 jeune pour 1 éducateur. Entre 5 et 7 places par   centre.
  • Le secteur associatif dispose aussi de foyers habilités à recevoir des jeunes.


- La liberté surveillée préjudicielle (jeune remis à sa famille sous surveillance d’un éducateur jusqu’au jour de son jugement).

- Emprisonnement qui peut être seulement prononcé par le Tribunal pour enfants ou la Cour d’assise des mineurs si le jeune a plus de 13 ans lors des faits.

- Le sursis mis à l’épreuve

- L’amende

- Le travail d’intérêt général

- La mesure de réparation

- Le contrôle judiciaire
 

En fonction de l’âge du mineurs

A l’encontre des mineurs de 7 à 13 ans : il peut être prononcé dans la phase d’instruction
- une mesure de liberté surveillée préjudicielle impliquant un suivi contraignant au sein de la famille,
-une mesure de placement,
-une mesure de contrôle judiciaire imposant le respect d’obligations strictes (ne pas fréquenter tel lieu ou telle personne),
-ou une mesure de réparation.

A l’encontre des mineurs de 13 à 16 ans :
- une peine de prison peut être prononcée (peine de prison avec sursis et placement en cas de fugue c’est la prison, ou une peine d’emprisonnement ferme),
- des mesures de placement dans un établissement.
 

Les établissements pour mineurs :

376 établissements du secteur public (1er juillet 1999) soit
234 centres d’action éducative
44 foyers d’action éducative
98 services éducatifs auprès des TGI ;

1 030 établissements et services habilités gérés par 430 associations ;
10 établissements et services d’aide sociale à l’enfance ;
11 établissements publics autonomes habilité justice.

51 quartiers pour mineurs au sein des maisons d’arrêts, dont le centre pour jeunes détenus de Fleury Mérogis, 450 jeunes dont 130 mineurs.
 

Le code pénal et la protection des mineurs

Appliquer fermement l’article 227-21 du nouveau code pénal qui prévoit que « le fait de provoquer directement un mineur à commettre habituellement des crimes ou des délits est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 1M de francs d’amende ». Lorsqu’il s’agit d’un mineur de 15 ans, l’infraction est punie de 7 ans d’emprisonnement. (et pour les parents, l’article 227-17 : "Le fait par le père ou la mère légitime, naturel ou adoptif, de soustraire sans motif légitime à ses obligations légales au point de compromettre gravement la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 200 000 francs d’amende").

L’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante.

Elle fixe la primauté de l’éducatif sur le répressif et l’individualisation des traitements avec l’objectif de protéger efficacement les mineurs, et plus particulièrement les mineurs délinquants.

C’est une loi du 30 décembre 1987 (Albin Chalandon) qui a modifié l’article 11 de l’ordonnance de 45 et supprimé la détention provisoire en matière correctionnelle du mineur de 16 ans. Et en toute matière celle du mineur de 13 ans.