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REFLEXIONS
ET DOCUMENT DE TRAVAIL
Présenté
par Alain Madelin
UN
PLAN ORSEC POUR LA JUSTICE
Démocratie
Libérale
Les débats
de l’Alternance
La
sécurité : enjeu public n°1 des
Français
|
LE
CONSTAT
L’Etat
n’a plus aujourd’hui les moyens de traiter la
délinquance et de faire respecter la loi
pénale.
On
assiste impuissant à une sorte de gigantesque
embouteillage de la Justice.
Le
risque d’être condamné, d’exécuter
une peine à la mesure des faits reprochés
diminue.
Quand
ce risque diminue, la délinquance augmente,
en asphyxiant un peu plus la Justice.
Il
n’y a pas de solution au problème de la
sécurité des Français sans
la mise en place préalable d’un plan ORSEC
pour la Justice.
|
| Le
grand embouteillage de la justice et des prisons |
La
délinquance augmente
Derrière
les statistiques de la délinquance qui doivent
toujours être interprétées avec
prudence, ce qui est sûr, c’est qu’il y a une
augmentation des actes de délinquance qui nourrissent
le sentiment d’insécurité des français,
comme l’insécurité dans les transports
publics, la dégradation de bâtiments, les
vols avec violence, les agressions et les violences
urbaines.
En
10 ans, les vols avec violence ont été
multipliés par deux.
Les
dégradations de bâtiments privés
multipliées par deux.
Les
destructions et dégradations de véhicules
privés multipliées par deux.
Les
mineurs impliqués dans les crimes et délits
multipliés par deux.
Dans
le même temps, le nombre de personnes
incarcérées a augmenté
de 15%, essentiellement non pas par une augmentation
des personnes condamnées mais par allongement
des peines. La durée de détention
en 1987 était de 3,8 mois, elle est de
8,1 mois en 1999.
Ceci
signifie donc proportionnellement que le nombre
de personnes condamnées à des
peines de prisons a diminué par rapport
aux délits constatés.
|
Les mineurs délinquants sont de plus en plus
nombreux, de plus en plus jeunes, et les actes de délinquance
de plus en plus graves.
La
délinquance juvénile a une triple caractéristique
: elle est plus nombreuse et plus visible
puisqu’il s’agit souvent d’une délinquance
de rue. Elle est plus violente (il y a 10 ou
15 ans la délinquance se dirigeait à 90%
contre les biens et non contre les personnes. Aujourd’hui
la proportion s’est inversée). Enfin, elle est
plus jeune. Hier, 14 à 16 ans, maintenant
12 à 14 ans, sinon 8 à 10 ans.
En
1998, le nombre des mineurs mis en cause à l’occasion
de crimes ou délits (171 787 personnes) s’est
accru de 11,23% par rapport à l’année
1997. Il en va de même pour ce qui concerne leur
part dans le total des mis en cause : celle-ci s’établit
à 21,77% en 1998, contre 19,37% en 1997.
A
eux seuls les mineurs sont responsables de plus d’un
tiers de la délinquance sur voie publique. Un
quart des vols à main armées, et la moitié
des vols avec violence.
Notre
système pénitentiaire affiche complet
et même plus que complet
Au
1er juillet 1999, il y avait 57 844 détenus dans
les 187 établissements pénitentiaires
français, pour 49 593 places. Le taux de suroccupation
atteint même 200% dans certains maisons d’arrêts.
| Au
1er juillet 1998 : 187 établissements
pénitentiaires, 50 104 places pour 57 458
détenus.
Au
1er juillet 1999 : 187 établissements
pénitentiaires : 49 593 places, 57844
détenus
La
densité de population carcérale
(DPC), c’est-à-dire le nombre de détenus
par rapport au nombre de places disponibles,
s’élève à 118%. Ce qui
signifie qu’il y a, en moyenne, aujourd’hui
118 détenus pour 100 places dans les
prisons.
C’est
surtout dans les maisons d’arrêt (prévenus
et condamnés à une peine inférieure
à un an) que se pose le problème
de la sur-population, avec une DPC de 132% (contre
91% dans les établissements pour peine).
44 maisons d’arrêt ont une densité
comprise entre 150 et 200%. Pour 12 maisons
d’arrêt, elle dépasse les 200%,
soit « une place pour deux » détenus.
Certains
établissements pour peines sont, eux
aussi, en sur-population : 116% pour le
centre de détention de Perpignan, 110%
pour celui de Lorient, 105,5% pour celui de
Liancourt ou encore 103% pour celui de Draguignan.
En
Outre mer, les chiffres sont encore plus inquiétant
: la densité carcérale atteint
127%. La maison centrale de Nouméa
atteint un taux 345% !
-
119 maisons d’arrêt (prévenus et
condamnés dont le reliquat de peine est
inférieur à un an) .
-
25 centres de détention (accueillant des
condamnés considérés comme
présentant les meilleures perspectives
de réinsertion) .
-
24 centres pénitentiaires (établissements
mixtes comportant à la fois un quartier
« maison d’arrêt » et un quartier
« maison centrale » ou « centre
de détention » pour prévenu
ou condamné à de courtes ou longues
peines) .
-
6 maisons centrales (recevant les condamnés
les plus difficiles. Régime de détention
axé essentiellement sur la sécurité).
-
12 centres autonomes de semi-liberté
(condamnés admis au régime de semi-liberté,
avec travail, formation, traitement médical
et qui sont astreints à rejoindre l’établissement
pénitentiaire dès cessation de l’activité)
.
-
Et 1 établissement hospitalier pénitentiaire
à Fresnes.
-
30 128 en quartiers maisons d’arrêt ;
-
14 425 en quartiers centres de détentions
;
-
2 742 en quartiers maisons centrales ;
-
1 339 en quartiers semi-liberté ;
-
601 en centres de semi-liberté autonomes
;
-
358 en hôpital.
- 57
844 détenus , 37 701 condamnés,
20 143 prévenus.
Le
27 juillet dernier, la garde des sceaux a annoncé
une nouvelle fois la construction de 6 prisons.
Déjà annoncée, prévue
et engagée sous le gouvernement Balladur
lors du lancement du plan pluriannuel pour la
justice, ce programme est insuffisant compte tenu
du surnombre de détenus évalué
aujourd’hui à 8 000.
Dans
la suite du programme « 13000 »
(1987-1991), le programme engagé sous
le gouvernement Balladur par la loi du 6 janvier
1995, programme « 4000 » (1995-1999),
comportait trois volets. Sur 6 ans, 3 milliards
ont été alloués à
la construction de nouveaux établissements.
-
La construction de deux maisons centrales
à effectifs réduits (120 places)
d’un coût de 220 millions de francs. Leur
mise en service prévue en 1998 a été
repoussée à l’an 2000.
-
La construction de 4000 places de détention
(1,9 milliards).
Les
maisons d’arrêt de Lille (645 places),
de Toulouse (605 places) et le centre pénitentiaire
Le Pontet (610 places) ne pourront entrer en
service qu’en 2002. Quant aux trois autres établissements
- le centre pénitentiaire de Liancourt
(600 places), les maisons d’arrêt de Meaux
(600 places) et de Toulon (600 places) - leur
mise en service est prévue en 2003.
Le
budget 2000 consacre 150 millions de francs
pour financer le solde des opérations
prévues par la loi de programme 1995.
-
La construction de 1200 places de centre
de semi-liberté. D’un coût
de 200 millions de francs, cette réalisation
devrait s’échelonner entre 1998 et 2000
à un rythme dépendant de celui
des acquisitions des terrains ou des immeubles
nécessaires à leur création.
|
La programmation de la rénovation des prisons
existantes et de la construction de prisons nouvelles
est très en deçà des besoins réels.
| 590
millions de francs d’autorisation de programme
sont prévus dans le projet de loi de finances
pour l’an 2000. (150 millions de francs serviront
à financer le solde des opérations
prévues par la loi de programme; 200 millions
de francs pour l’entretien des établissements
pénitentiaires; 50 millions de francs pour
la rénovation de 5 établissements
: Fleury-Mérogis, Fresnes, La Santé,
les Baumettes et Loos; 70 millions de francs pour
la rénovation d’autres établissements
du parc; 70 millions de francs pour financer la
réalisation de trois ou quatre nouveaux
établissements dans le cadre d’un nouveau
programme pluri-annuel; 30 millions pour la rénovation
des 53 quartiers pour mineurs existants et la
construction de quatre nouveaux quartiers; 20
millions de francs pour financer la construction
d’un quatrième centre pour peines aménagées. |
Les peines de prison sont exécutées
de manière très variable, au point que
l’on doit s’inquiéter d’une véritable
inégalité devant l’exécution des
sanctions prononcées : ainsi les condamnations
à moins de 6 mois de prison ferme par le Tribunal
de Grande Instance de Lyon ne sont jamais exécutées
en l’état.
Dans
des conditions de détention humainement inacceptables
Les
conditions de vie des détenus dans des
prisons sur-peuplées souvent insalubres, avec
une prise en charge sanitaire déplorable, sont
indignes d’un pays comme la France.
| A
la maison d’arrêt de Fleury Mérogis,
le plus grand pôle pénitentiaire
d’Europe avec 3500 détenus, on compte un
médecin pour 600 prisonniers. Vingt fois
plus de malades du sida et deux fois plus d’épileptiques
que dans la population générale,
70% d’états bucco-dentaires désastreux,
près d’une personne sur deux souffrant
de pathologies dermatologiques.
Le
récent rapport de Pierre Pradier, sur
la santé dans les établissements
pénitentiaires en France, condamne le
« désastre psychiatrique des prisons
françaises dans lesquelles se trouvent
aujourd’hui une quantité considérable
et indue de malades mentaux ». L’ancien
président de Médecins du Monde
souligne par ailleurs l’augmentation croissante
du nombre de suicides et l’apparition de nouvelles
pathologies liées au vieillissement de
la population carcérale.
|
Sur les 187 établissements que comprend le parc
pénitentiaire, 146 établissements sont
dans un état de vétusté et de dégradation
inquiétant. Seulement 55 établissements,
hors centre de semi-liberté, satisfont aux normes
actuelles de détention, pour 52% de la capacité
totale du parc.
«
Deux fois par semaine seulement, on se rend par
groupe de quinze pour prendre une douche à
tour de rôle. Le temps réglementaire
est fixé à douze minutes par l’administration.
Comme il n’y a que sept places, les premiers ont
la chance de pouvoir se laver à l’eau chaude.
Et les suivants ont juste le temps de se tremper
à l’eau froide. Les conditions sanitaires
sont insalubres, avec des murs recouverts d’une
épaisse couche de graisse ou de mousse
verte : on se lave en gardant ses sandalettes,
pour éviter les mycoses. De plus, l’eau
est tellement calcaire que l’on se gratte partout
une fois revenu en cellule. La puanteur, surtout
en été, s’installe rapidement dans
les cellules des moins débrouillards qui
n’auront pu se procurer un peu d’Ajax. Les draps
changés une seule fois par mois, les toilettes
bouchés de longs jours durant, la «
gamelle » qui arrive froide une fois sur
deux »
(Philippe Delaval, ancien détenu de Fleury
Mérogis). |
Les atteintes aux droits de l’homme, les violences
sont le lot quotidien de notre système carcéral.
- Depuis
le début de l’année 1999, 114 détenus
ont mis fin à leur jours en France. Ce qui
constitue un suicide tous les trois jours. Les suicides,
dont le nombre va en augmentant, constituent la première
cause de mortalité en prison. Ils interviennent
la plupart du temps dans la suite immédiate
de l’incarcération ou d’un placement en quartier
disciplinaire.
- Les
conditions d’incarcération des jeunes sont
telles que la prison constitue souvent un facteur
criminogène aggravant et un facteur supplémentaire
de destructuration du mineur, et que dans ces conditions,
on hésite légitimement devant l’incarcération
des jeunes.
- Les
phénomènes de violence vont croissant.
Racket, bizutage, caïdat. Certains mineurs sont
tellement terrorisés par ce climat de violence
qu’ils n’osent plus sortir de cellule.
| Un
groupe de médecins et d’enseignants ainsi
que la juge d’application des peines ont dressé
un tableau apocalyptique des conditions dans lesquelles
vivent les 365 jeunes détenus de 13 à
21 ans au centre de Fleury Mérogis : «
Quotidiennement, des traces de coups, hématomes,
ecchymoses, plaies par lames de rasoir sont constatés.
La plupart des agressions se produisent dans la
cour de promenade où les surveillants ne
pénètrent jamais : l’endroit est
considéré comme trop dangereux.
De nombreux détenus sont terrorisés
et se replient sur eux-mêmes, certains cessent
d’aller à l’école, au travail dans
les ateliers, voire au parloir ».
Même
les juges rechignent aujourd’hui à incarcérer
leurs « clients » au Centre de Jeune
détenus de Fleury : « Je réfléchis
à deux fois avant d’envoyer un jeune
là-bas car j’ai le sentiment de le mettre
en danger, surtout s’il s’agit de quelqu’un
de fragile. C’est quand même aberrant
d’en arriver là » déclare
Jean-Pierre Bouchet, juge pour enfants au tribunal
d’Evry. C’est aussi le constat d’Alain Vogelweith
: « Ce centre est devenu ingérable.
L’administration semble avoir plus de mal à
faire régner la discipline chez les mineurs
que chez les adultes ».
|
Trop
de plaintes sont classées sans suite
Le
rapport de la commission des finances du Sénat
sur « les infractions classées sans suite
» dont le Sénateur Hubert Haenel a été
le rapporteur est particulièrement édifiant.
Quelques
constats extraits de ce rapport :
-
Au cours de la dernière décennie, le taux
de classement sans suite a fortement progressé.
En effet il s’élevait à 69% en 1987, puis
a franchi la barre des 70% à partir du début
des années 80, pour atteindre 80% en 1995.
-
En 1995, l’ensemble des parquets de France a été
destinataire de 2,2 millions de plaintes, dénonciations
et procès verbaux relatifs à des crimes,
des délits, et aux contraventions les plus graves
imputables à des personnes identifiées.
1,450 millions, soit 53% ont fait l’objet d’un classement
sans suite. 553 000, soit un peu plus de 25% ont débouché
sur un acte de poursuite. (le surplus n’avait pas encore
donné lieu à des orientations lorsque
les statistiques ont été établies
en 1996).
-
Ce rapport montre comment si les classements sans suite
résultent en principe d’une analyse au cas par
cas de chaque situation, il est aussi le moyen de faire
face à un trop plein de dossiers. Comme l’a remarqué
le procureur général de la Cour d’Appel
de Colmar, M. Olivier Dropet, lors de l’audience de
rentrée de janvier 1998, « une situation
de cette sorte est perverse, nuisible, et dangereuse.
La possibilité de passer à travers
les mailles du filet de la répression ne peut
qu’encourager les auteurs d’infraction à persévérer
dans la voie délictueuse ».
-
Pour ce qui est de l’ensemble de la délinquance
dite « de voie publique », conglomérat
d’infractions diverses qui représente plus de
56 % de la délinquance totale, le taux de classement
est beaucoup plus élevé. Il atteint même
95% pour les affaires de vol aggravé. Il faut
à ce égard rappeler que le taux d’élucidation
moyen national par les services de police et de gendarmerie,
pour l’ensemble des vols et des recels, dépassait
à peine 14% pour 1996, 13% pour l’ensemble des
destructions et des dégradations de bien, et
10% pour les cambriolages... Or lorsque le Parquet reçoit
une plainte contre X qui n’a pu être élucidée
par les services de police ou de gendarmerie, il se
voit contraint de classer l’affaire.
-
Le taux de classement sans suite varie d’un tribunal
à un autre. Ainsi dans le ressort de la Cour
d’Appel de Toulouse, les 6 Parquets présentaient,
en 1995, des taux de classement allant de 51% à
Saint-Gaudens à 93% à Toulouse, en passant
par 52% à Castres, 62% à Foix, 72% à
Albi et 73% Montauban.
Les
tribunaux sont surchargés
Les
parquets sont en sous effectif chronique.
Certains
parquets urbains renoncent à des poursuites parce
que les délais de jugement s’allongeraient de
manière considérable.
Les
capacités de jugement et d’instruction du Tribunal
de Grande Instance sont insuffisantes.
| A
Nantes, 164 dossiers concernant des infractions
graves ont pris un tel retard qu’ils risquent
d’échapper à la justice, touchés
aujourd’hui par la prescription. C’est l’équivalent
d’un trimestre d’activité pénale
qui risque purement et simplement de passer à
la trappe. |
Comme l’a remarqué le procureur général
de la Cour d’Appel de Colmar (déjà cité)
:
| «
L’impossibilité pour certaines juridictions
de jugement, par le manque criant d’effectifs
et de moyens, de statuer dans un délai
raisonnable, et dans des conditions normales sur
l’ensemble des procédures pénales,
qu’il serait justifié de leur soumettre
». Pour cette raison, les procureurs de
la République sont contraints de classer,
sans autre forme de procès, des délits
dont les auteurs mériteraient amplement
d’être déférés devant
le Tribunal. C’est le "classement-au-renoncement",
le "classement-résignation". Le procureur
n’est plus l’instigateur et l’ordonnateur d’une
politique pénale adaptée, il gère
des flux et des stocks dans un sens contraire
à ses aspirations et à l’intérêt
public ; il devient en fait le magasinier de la
justice. » |
Si les taux d’élucidation s’amélioraient,
le parquet, puis le siège, seraient dans l’incapacité,
faute de moyens, de prendre des décisions dans
des délais raisonnables.
Le
parquet n’a pas intérêt à poursuivre,
car il sait que l’affaire ne sera pas jugée avant
des mois, voire des années
Quant
au juge du siège, même s’il apporte une
réponse dans un délai raisonnable à
l’affaire dont il est saisit, il sait que l’exécution
du jugement est très incertaine (ajoutons qu’il
connaît aussi l’inadaptation des établissements
pénitenciers à l’incarcération
de jeunes).
Comme
l’a noté le rapport budgétaire sur la
Justice concernant le budget 2000, « le délai
de réponse pénale augmente pour toutes
les condamnations ». Le nombre d’affaires transmises
par les Parquets au juge des enfants est en augmentation
de 12%.
On
manque de places et de structures adaptées pour
les mineurs
L’insuffisance
de moyens des services de la protection judiciaire
de la jeunesse conduit à ne pas traiter réellement
toute une série d’infractions dont les auteurs
identifiés sont des mineurs. Ce qui remet en
cause l’utilité du travail en amont des services
d’enquêtes (gendarmerie, police), du parquet des
mineurs, et du juge pour enfant dans la mesure ou aucune
suite concrète n’est donnée à l’infraction
commise, constatée et traitée.
| A
Marseille, il y a quelques semaines une affaire
édifiante : deux jeunes de 15 ans qui avaient
agressé et volé en moins d’une heure
trois dames âgées ont été
libérés faute de place dans les
foyers d’accueil. La police a protesté. |
A
Marseille, il y a quelques semaines une affaire
édifiante : deux jeunes de 15 ans qui avaient
agressé et volé en moins d’une heure trois
dames âgées ont été libérés
faute de place dans les foyers d’accueil. La police
a protesté.
On
n’a pas les moyens de traiter le cas des multirécidivistes.
Un
effort a été annoncé, certes, mais
il n’est pas à la hauteur des besoins.
| -
Les centres de placement immédiat strictement
contrôlés (CPI), 10 places par
centre. Le gouvernement avait annoncé 50
centres d’ici 2001 dont 15 d’ici fin 1999. En
réalité, seulement 2 centres ont
été créés, tandis
que 13 foyers déjà existants ont
été chargés de se transformer
en CPI.
-
Les centres éducatifs renforcés
(CER), entre 5 et 7 places par centre. Le
gouvernement avait annoncé la création
de 100 centres d’ici fin 2000, mais seuls 15
CER sont en activité.
|
Au surplus, le modèle de ces centres qui avait
fait l’objet d’une polémique entre le Garde des
Sceaux et le Ministère de l’Intérieur
ne répond pas à la diversité des
situations rencontrées et des réponses
qu’il serait nécessaire d’apporter.
La
réhabilitation des quartiers de mineurs tarde
à voir le jour, alors que le nombre de détenus
a doublé en cinq ans. En juin 1998, le gouvernement
Jospin s’est engagé à créer des
petites unités, des quartiers pour mineurs de
20 à 25 places dans toutes les prisons....d’Ile
de France.
Résultat
: l’impunité augmente,
et cette augmentation nourrit l’augmentation de
la délinquance |
Le
cercle vicieux de la délinquance
Pour
que la délinquance recule, il faut qu’une
infraction soit suivie d’arrestation, puis d’une
punition proportionnée à sa gravité,
dans des proportions statistiques raisonnables.
On en est très loin.
La
délinquance augmente à proportion
que diminue le risque d’être arrêté,
le risque d’être condamné, et le
cas échéant, le risque d’exécuter
une peine à la mesure des faits reprochés.
Comme
le montrent les statistiques d’augmentation de
la délinquance et le grand embouteillage
de la justice, ce risque aujourd’hui diminue.
En conséquence, la délinquance augmente,
asphyxiant un peu plus la Justice et compliquant
davantage le problème. |
C’est pourquoi il y a besoin d’une nouvelle approche
des problèmes de sécurité et de
Justice.
Dans
l’approche traditionnelle, il est convenu de parler
des insuffisances du déploiement des forces
de police sur le terrain; des insuffisances de la prévention
et de la répression, voire d’un laxisme supposé
de la Justice, ou encore des lacunes dans l’application
des textes sur la délinquance des mineurs, voire
les lacunes des textes eux-mêmes.
Ces
problèmes sont bien réels.
Dans
cette nouvelle approche, nous proposons, de traiter
d’abord en priorité, les problèmes d’embouteillage
de notre Justice, de la misère de nos prisons,
et de l’inadaptation et de l’insuffisance des établissements
pour mineurs.
En
effet, imaginons que demain la délinquance soit
davantage sanctionnée à la suite d’un
redéploiement des forces de police sur le terrain,
d’un meilleur suivi des plaintes et un plus grand taux
d’élucidation, de moyens nouveaux donnés
à la justice pour prononcer des sanctions, on
se heurterait à un problème insoluble
en l’état actuel des choses : les prisons affichent
complet avec les conditions de vie des détenus
que l’on sait. Les établissements pour mineurs
(foyers, CPI, CER, FAE) affichent complet et sont insuffisamment
diversifiés et adaptés aux mineurs. Résultat
: on n’aurait pas apporté de solution, on aurait
aggravé le problème.
Comme
l’a noté le secrétaire général
de l’Union Syndicale de la Magistrature, Valéry
Turcey :
| «
Les tribunaux correctionnels peinent à
juger les quelques 420 000 affaires qui leur sont
soumises chaque année. Que serait-ce, si
les deux millions de procès verbaux annuels
concernant des faits dont l’auteur est identifié,
déferlaient, comme un raz de marée,
devant les juridictions françaises ? » |
Tout
se passe en effet comme si police et Justice adaptaient
les sanctions aux moyens dont ils disposaient et non
aux exigences d’une bonne politique pénale.
Il
en résulte :
-
une dévaluation en cascade de la Justice et
du droit. Les petits délits se voient baptisés
« incivilités » ou « indélicatesses
». Les quartiers de non droit sont appelés
« quartiers de moindre droit ».
-
une défiance vis-à-vis de la Justice.
Trop de victimes ont le sentiment que le classement
réel ou supposé d’une infraction dont
elles ont été victimes est scandaleux,
inadmissible, alors que lorsqu’elles sont prises pour
défaut de ceinture ou de stationnement interdit,
elles sont immédiatement sanctionnées.
-
Un découragement fréquent des services
de police. Les services de police et de gendarmerie
sont peu incités à recueillir les plaintes
et àélucider les affaires, car ils savent
que ces dernières vont être classées
sans suite.
| Un
plan ORSEC pour la Justice |
- Désengorger
les Tribunaux. Améliorer le fonctionnement
de la Justice
C’est
là une affaire de moyens et pour une part aussi
affaire de modification des procédures (traitement
en temps réel, modes alternatifs de résolution
des conflits, extension de la procédure simplifiée,
introduction de l’ordonnance pénale, dépénalisation
de certaines infractions).
- Développer
une justice économique et financière
spécialisée.
Pour
qu’un ordre social soit respecté, il doit être
respectable. Or aujourd’hui, beaucoup de Français
ont le sentiment qu’il y a deux poids deux mesures; C’est
pourquoi il est important que l’on se donne les moyens
pour que les actes de corruptions et tous les grands scandales
soient poursuivis et sanctionnés.
- Humaniser
les prisons et augmenter le nombre d’établissements
et le nombre de places disponibles
Nous
avons besoin de profondes réformes pour humaniser
les prisons et d’un programme plus ambitieux d’extension
et de rénovation des prisons.
Contrôler
-
Un contrôle externe des prisons ; soit
en intégrant l’Administration Pénitentiaire
dans le champ de compétence de la future Commission
nationale de déontologie de la sécurité
(CDNS), ce qu’a refusé de faire Elisabeth Guigou,
soit en créant une autorité externe et
indépendante de contrôle des prisons.
Humaniser
-
Implanter des unités de visite familiale (UVF)
-
Améliorer les conditions des mères de
famille détenues
-
Tenir compte des problèmes de familles de détenus
et des enfants.
-Développer
l’aménagement des peines. Permission de sortir,
affectation en chantier extérieur. Semi-liberté,
bracelet de contrôle électronique.
-
Mieux accompagner la sortie de prison et la réinsertion.
-
Accélérer le programme de modernisation
et d’humanisation des prisons existantes.
Programmer
En
sus de ce qui est déjà programmé,
engager un nouveau programme de 12 000 places.
- Assurer
une meilleure prise en charge des mineurs.
Une prise en charge diversifiée pour les
mineurs. Développer pour les jeunes une large
palette, qui va d’unités en milieu carcéral,
centre éducatifs renforcés en milieu
fermé ou semi-ouvert, aux centres de placement
immédiat, plus ou moins ouvert en fonction
de l’âge ou de la gravité des faits reprochés,
de la situation du mineurs.
- Aider
les familles à
sortir leurs enfants d’un environnement qui risquerait
de les faire basculer dans la délinquance en
développant un programme d’ouverture d’internats
dans le cadre de l’Education Nationale (maisons de
l’espoir ou maisons familiales urbaines).
Au
total : un programme de 12 milliards
Il
n’y a pas de solution au problème de la sécurité
sans un effort budgétaire important.
C’est
un choix politique. C’est, j’ajoute, un choix libéral
que de redéployer le budget de l’Etat vers les
vraies missions de l’Etat. Songez que le budget consacré
à la justice et à la police - un peu moins
de 60 milliards- est chaque année inférieur
à l’argent que l’on donne à la SNCF
C’est
là un choix fort, mais qui ne représente
en réalité que 10% des sommes que l’on
s’apprête à consacrer, chaque année,
aux 35 heures !
Le
débat : lutter contre la délinquance
des mineurs,
question de texte
ou question de moyens adaptés ?
S’agissant
de la répression de la délinquance
des mineurs, la question se pose de savoir si
l’on dispose aujourd’hui des moyens juridiques
adaptés.
Rappelons
la palette des mesures éducatives et des
peines susceptibles d’être prononcées
à l’égard d’un mineur :
-
L’assistance éducative en milieu ouvert
(AEMO)
représente 85% des mesures prononcées
par les magistrats. Le mineur reste dans son milieu de
vie naturel et est suivi par la PJJ ou le secteur
associatif (scolarisation insertion...).
-
Les mesures de placement et d’hébergement
(provisoire ou définitif) :
- Foyers
d’action éducative (44) : hébergements
des jeunes délinquants ou des mineurs
en danger. 12 places par foyer ;
- Centres
de placement immédiat (15) : accueil
immédiat à tout moment de mineurs
en grande difficulté sur une période
de 3 à 4 mois. Règlement intérieur.
Sont concernés les mineurs de 13 à
18 ans, et exceptionnellement de 10 à
13 ans. 10 places par centre. (le gouvernement
prévoit 15 centres en plus cette
année) ;
- Centre
éducatif renforcé (16) : exclusivement
pour les mineurs délinquants récidivistes
pour lesquels les placements antérieurs
ont échoué. Pris en charge de
3 à 6 mois. Principe : 1 jeune pour 1
éducateur. Entre 5 et 7 places par
centre.
- Le
secteur associatif dispose aussi de foyers
habilités à recevoir des jeunes.
-
La liberté surveillée préjudicielle
(jeune remis à sa famille sous surveillance
d’un éducateur jusqu’au jour de son jugement).
-
Emprisonnement qui peut être seulement
prononcé par le Tribunal pour enfants ou
la Cour d’assise des mineurs si le jeune a plus
de 13 ans lors des faits.
-
Le sursis mis à l’épreuve
-
L’amende
-
Le travail d’intérêt général
-
La mesure de réparation
-
Le contrôle judiciaire
En
fonction de l’âge du mineurs
A
l’encontre des mineurs de 7 à 13 ans
: il peut être prononcé dans la phase
d’instruction
-
une mesure de liberté surveillée
préjudicielle impliquant un suivi contraignant
au sein de la famille,
-une
mesure de placement,
-une
mesure de contrôle judiciaire imposant le
respect d’obligations strictes (ne pas fréquenter
tel lieu ou telle personne),
-ou
une mesure de réparation.
A
l’encontre des mineurs de 13 à 16 ans
:
-
une peine de prison peut être prononcée
(peine de prison avec sursis et placement en cas
de fugue c’est la prison, ou une peine d’emprisonnement
ferme),
-
des mesures de placement dans un établissement.
Les
établissements pour mineurs :
376
établissements du secteur public (1er
juillet 1999) soit
234
centres d’action éducative
44
foyers d’action éducative
98
services éducatifs auprès des TGI
;
1
030 établissements et services habilités
gérés par 430 associations ;
10
établissements et services d’aide sociale
à l’enfance ;
11
établissements publics autonomes habilité
justice.
51
quartiers pour mineurs au sein des maisons d’arrêts,
dont le centre pour jeunes détenus de Fleury
Mérogis, 450 jeunes dont 130 mineurs.
Le
code pénal et la protection des mineurs
Appliquer
fermement l’article 227-21 du nouveau code pénal
qui prévoit que « le fait de provoquer
directement un mineur à commettre habituellement
des crimes ou des délits est puni de 5
ans d’emprisonnement et de 1M de francs d’amende
». Lorsqu’il s’agit d’un mineur de 15 ans,
l’infraction est punie de 7 ans d’emprisonnement.
(et pour les parents, l’article 227-17 : "Le
fait par le père ou la mère légitime,
naturel ou adoptif, de soustraire sans motif légitime
à ses obligations légales au point
de compromettre gravement la santé, la
sécurité, la moralité ou
l’éducation de son enfant mineur, est puni
de deux ans d’emprisonnement et de 200 000 francs
d’amende").
L’ordonnance
du 2 février 1945 relative à l’enfance
délinquante.
Elle
fixe la primauté de l’éducatif sur
le répressif et l’individualisation des
traitements avec l’objectif de protéger
efficacement les mineurs, et plus particulièrement
les mineurs délinquants.
C’est
une loi du 30 décembre 1987 (Albin Chalandon)
qui a modifié l’article 11 de l’ordonnance
de 45 et supprimé la détention provisoire
en matière correctionnelle du mineur de
16 ans. Et en toute matière celle du mineur
de 13 ans.
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